L’Europe, la grande oubliée

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Alors que le second débat de la primaire de la droite devait lui être en partie consacrée, l'Europe n'a été évoquée par aucun candidat.

Yves Thréard déplore que l’Europe soit la grande oubliée de la primaire de la droite.

Pas un mot alors que le deuxième débat devait lui être en partie consacré. Comme s’il fallait éviter d’en parler tant l’Europe est impopulaire à l’heure où le politiquement correct est au repli national, à la fermeture des frontières et à la mise au pilori des élites cosmopolites. Même Juppé, le plus pro-européen de tous, n’en parle pas de peur que ça lui nuise.
Le référendum raté de 2005 a laissé des traces. Parler de l’Europe sans la condamner, c’est perdre des voix. Le seul qui a osé, ces derniers jours, s’inquiéter de l’avenir de l’Union européenne est un homme sans avenir politique. Il a 90 ans et s’appelle Valéry Giscard d’Estaing. Et dire que l’Europe devait être la grande affaire des générations de l’après-guerre…

Le projet européen n’intéresse plus personne.

L’Europe, voilà l’ennemie. Tous partis confondus, l’Europe est devenue le bouc émissaire de tous nos problèmes : monétaire et économique, sécuritaire et migratoire. C’est archifaux, mais l’Europe est bien pratique pour cacher les insuffisances et les fautes de nos responsables politiques, démagogues pour la plupart. Et c’est pareil partout. Il y a eu le Brexit, mais le rejet est général. Même la Bulgarie, entrée dans l’Union en 2007, vient d’élire un président pro-russe, comme du temps du rideau de fer !

Dans ces conditions, l’Union européenne peut-elle se relever ?

Qu’on soit pour une Europe des nations ou une Europe plus intégrée, l’Union souffre de la médiocrité de ses chefs d’État et de gouvernement. Pas un seul n’a le charisme ni le talent nécessaire pour inspirer une politique commune cohérente. L’époque est aux gestionnaires, pas aux visionnaires. Dommage, car ce serait le moment de s’organiser face à la Chine conquérante, à la Russie fantasque de Poutine et aux tentations isolationnistes de Trump, l’Américain. La France devrait en être le moteur. Mais la France ne compte plus. Pour sa tournée d’adieu à l’Europe cette semaine, Obama a prévu de passer par Berlin. Pas par Paris. Tout un symbole.