Le Parti communiste, la fin d’une histoire

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Après l'annonce de Pierre Laurent lundi sur la durée de vie du Parti communiste, Yves Thréard nous livre son analyse politique.

Le Parti communiste, la fin d’une histoire.

Jaurès et Thorez doivent se retourner dans leur tombe.
Pierre Laurent, son Secrétaire national, a annoncé lundi que le Parti communiste français (PCF) n’avait plus qu’un an à vivre. L’année prochaine, il fera sa "révolution" pour donner naissance à un nouveau parti, avec peut-être un changement de nom.
Autant dire que c’est tout une époque qui disparaît. Le PCF, né d’une scission de la SFIO au congrès de Tours en 1920, pourrait donc mourir avant même d’avoir 100 ans.
Bien sûr, le PC n’est plus aujourd’hui que l’ombre de lui-même. Celui qui était le plus grand parti de France après-guerre, avec 182 députés en 1946, a subi de plein fouet l’effondrement de l’Union soviétique qui le finançait en partie. La CGT n’est plus son bras armé, son journal L’Humanité ne lui appartient plus et le parti est obligé de louer son siège parisien de la Place du Colonel-Fabien, classée monument historique, à des marques commerciales pour survivre. Aragon n’est plus là et les intellectuels "destanilisés" ne chantent plus sa gloire…

Le PC n’a donc plus de raison d’être ?

Contrairement aux PC italien et espagnol, qui ont disparu ou presque, le PC français compte encore 50.000 adhérents, des centaines d’élus locaux et un groupe à l’Assemblée nationale, grâce à l’appui de députés d’outre-mer.
Mais son poids dans le débat politique est faible. La classe ouvrière a fondu sous l’effet de la désindustrialisation. Et le prolétariat a changé de visage : dans le chômage et la précarité, il est difficile d’entretenir une conscience de classe.
La contestation de la société capitaliste s’est dispersée dans l’alter-mondialisme, la défense des minorités, la tertiairisation des métiers et l’écologie : les communistes sont d’ailleurs historiquement pro-nucléaire dans le souci de préserver l’emploi.
La direction du parti dit qu’elle veut retrouver le chemin des milieux populaires, dans les quartiers et sur les lieux de travail, en leur redonnant la parole. Mais sur ce terrain, la concurrence est rude. Et puis le PC manque depuis longtemps d’un chef charismatique.

Il s’est fait doubler en cela par Mélenchon.

C’est lui désormais l’incarnation de la gauche de la gauche. Mais, entre autres différences, Mélenchon vient du trotskisme, l’ennemi juré du communisme pur sucre. Mélenchon et les communistes, même rebaptisés, ne pourront donc jamais s’entendre.