Le hold-up du MoDem a fait trois blessés graves

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Alors que l'on connait désormais la composition du nouveau gouvernement, Yves Thréard nous livre son analyse politique.

Le hold-up du MoDem a fait trois blessés graves.

C’est un peu l’histoire d’un fait divers qui a mal tourné. Sauf que le contexte n’est pas celui du haut banditisme, mais de la politique. Dans le rôle du cerveau, François Bayrou, flanqué de son éternelle bras droit, Marielle de Sarnez. Des chevaux de retour dont on pensait qu’ils étaient rangés des voitures. Avec leur petit parti politique (le MoDem, fondé en 2007), qui s’éteignait lentement, sans troupes ni argent, on ne pensait plus revoir ceux qu’on appelle les Thénardier.
L’arrivée de Macron les a sauvés et leur a permis de se refaire la cerise. Trois postes de ministres pour eux et Sylvie Goulard, un groupe de 42 députés alors que le MoDem n’en n’avait plus un et tout l’argent qui va avec pendant cinq ans, soit plus de douze millions d’euros au total ! Joli coup, lucrative opération, n’était que, dans l’affaire, le cerveau est tombé. Bayrou avait mis 20 ans avant de redevenir ministre, mais il est tombé au bout d’un mois.

Tombé en victime si on veut bien l’entendre.

Incroyable Bayrou, mis en cause dans une affaire d’emplois fictifs en faveur du MoDem, même si son nom n’est pas cité. L’arroseur arrosé, le professeur de vertu, rattrapé comme un prêcheur télévangéliste qui cache sa vie nocturne.
Obligé hier de démissionner du gouvernement sous la pression de Macron et de son ancienne acolyte Sylvie Goulard, laquelle refuse de s’accommoder de tout arrangement pour défendre son honneur, Bayrou a renversé la charge de la preuve dans son discours de sortie. Il n’a rien à se reprocher, dit-il, il n’est que la victime de forces obscures, jalouses de son retour au premier plan et adeptes de la délation, cet odieux sport national, ajoute-t-il. Qui sont-ils ? Il y a des chances qu’il n’ait aucune preuve, n’en sache rien. Mais Bayrou, c’est le panache avant tout. La puissance de la rhétorique.

Le MoDem, lui, va survivre mais peut-il échapper à son créateur ?

Il va vivre plus que jamais. Au gouvernement, avec deux nouveaux ministres : Jacqueline Gourault et Geneviève Darrieussecq. Et à l’Assemblée, avec un groupe important. Mais beaucoup de ses députés rechignent déjà à l’idée d’être dirigés par Marielle de Sarnez, comme le voudrait Bayrou, qui continue à faire de la politique à l’ancienne alors que les mentalités changent. La fin du hold-up n’est pas encore complètement écrite.