Le FN a disparu

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Le Front national est en train de travailler à sa refondation après l’énorme déception suscitée en interne par la présidentielle et les législatives.

Le regard d'Yves Thréard. Bonjour Yves. Une grande lessive ce matin. Et c'est le FN qui lave son linge sale en famille.

Alors que droite et gauche dénoncent la convocation du Congrès par Macron et la confiscation des postes clés de l’Assemblée par les députés macronistes, on n’entend plus les ténors du Front national. Si prompts généralement à donner de la voix d’un micro à l’autre pour s’indigner.

Étrange silence dû au fait que le FN est en train de travailler à sa refondation après l’énorme déception suscitée en interne par la présidentielle et les législatives.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça tire dans tous les coins. Le travail de réflexion vire aux règlements de comptes à couteaux tirés. Hier Marine Le Pen a rappelé à l’ordre Sophie Montel, une proche de Philippot, qui procédait à un petit sondage par tweet interposé. Montel demandait aux militants s’ils voulaient parler "identité et musulmans" ou de "tous les sujets". Une "provocation grossière", selon Marine Le Pen, comme s'il ne fallait pas parler des choses qui fâchent. 

Car c'est une provocation qui met le doigt sur ce qui divise le FN.

Oui. Entre le FN canal historique, très à droite, pour lequel immigration, Islam et identité sont les thèmes prioritaires et le clan des partisans de Philippot, ni à gauche ni à droite, qui plaide pour la sortie de l’Euro et une économie assistée. Au milieu, Marine Le Pen peine à jouer l’arbitre et à trancher. Elle joue très gros car son autorité est mise en cause par la base, sa sincérité à ouvrir le débat aussi.

Dans la seconde quinzaine de juillet, le séminaire au cours duquel seront examinées les contributions des sept ateliers thématiques actuellement au travail, s’annonce très chaud. Cela va péter affirment certains. Ils prédisent même la fin du Front national si le parti s’en tient à un simple ravalement de façade.

Cette grande explication peut-elle déboucher sur un grand soir.

C’est presque acquis, le Front national va changer de nom. Sur le fond, le FN va-t-il abandonner son discours sur la sortie de l’euro et ses diatribes antieuropéennes que beaucoup tiennent pour responsables de ses revers électoraux ? Tout l’enjeu est là. Bernard Monot, l’économiste du FN, travaille d’arrache-pied sur le sujet. Si le FN abandonnait ce discours, Florian Philippot - il l’a déjà dit - quitterait le parti. Et, dans ce cas, des arrivées, en provenance des Républicains notamment, ne seraient pas à exclure. Une chose est sûre : Philippot vendra chère sa peau et Marine Le Pen doit sauver la sienne. Marion Maréchal Le Pen, elle, est à l’affût.