La prière d’Angela Merkel ? Inimaginable en France...

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Après le drame du marché de Berlin, Angela Merkel a annoncé "prier" pour les victimes, une formule inimaginable dans la bouche d’un président de la République français.

Yves Thréard revient aujourd’hui sur la prière d’Angela Merkel.

"Nous prions" pour eux. Sous-entendu : les victimes et les blessés de l’attaque terroriste de Berlin. S’est ainsi que s’est exprimée mardi Angela Merkel.

Oui, elle a dit : "nous prions". Formule inimaginable dans la bouche d’un président de la République français, dans notre "République indivisible, laïque, démocratique et sociale", comme il est écrit dans l’article premier de notre Constitution.

Quelles que soient les circonstances, pareille référence religieuse ferait bondir les bouffeurs de curés, les militants de la cause laïque, les zélateurs de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État. La polémique serait intense. Rappelons-nous que le Général de Gaulle, catholique croyant et pratiquant, refusait de communier lorsqu’il était en représentation officielle.

Les religions ont une tout autre place en Allemagne.

En Allemagne, comme aux États-Unis, cette stricte séparation entre les Églises et l’État n’existe pas. En vertu de l’article 56 de la Loi fondamentale – la constitution allemande -, quand le nouveau chancelier prête serment devant le Bundestag, il finit par un : "Si Dieu me prête assistance".

Les Églises, catholique et protestante, collaborent étroitement à l’action publique, notamment pour aider les plus modestes, et les Allemands baptisés sont même soumis à un impôt obligatoire qui finance leur religion.

Au-delà, il faut savoir que la foi guide l’action d’Angela Merkel, protestante et fille de pasteur. Elle explique sa main tendue aux migrants, ce qui lui est reproché aujourd’hui. Elle est aussi pour elle un rempart contre l’islamisme. Lors d’une conférence sur ce sujet en Suisse, en 2015, elle appelait les Européens à avoir "le courage d’être chrétiens, de retourner à l’Église".

Les racines chrétiennes de l’Europe ne sont pas contestées par les Allemands ?

Effectivement, quand cette notion devait être inscrite dans le préambule du projet de Traité constitutionnel européen, en 2005, c’est Jacques Chirac qui s’y opposa vigoureusement. Le même qui était pour l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.