La légitimité du résultat de cette présidentielle mise à mal

  • A
  • A
L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
Partagez sur :

Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

La légitimité du résultat de cette présidentielle mise à mal.

Oui, l’affaire Fillon est une bombe aux effets multiples et catastrophiques.
Quoi qu’il arrive, la légitimité du prochain président de la République sera contestée par une partie des Français.
Si ce président est quand même Fillon (ce qui semble de moins en moins probable), son autorité sera réduite. Et si c’est l’un ou l’autre de ses adversaires qui gagne, le peuple de droite criera à l’élection volée, à l’assassinat politique de son favori, au coup d’État judiciaire.
Bref, dans un pays déjà moralement en mauvais état, où la défiance envers le personnel politique est immense, où la colère gronde, le résultat de cette présidentielle, quel qu’il soit, risque d’accentuer les fractures, les divisions, les sécessions. Un climat détestable est à redouter.

La faute à qui ?

Tous les acteurs de cette affaire jouent un jeu dangereux.
François Fillon, qui a d’abord affirmé que, mis en examen, il renoncerait à se présenter. Il dit désormais le contraire, bafouant sa promesse et affaiblissant ainsi la parole politique. Il joue désormais la souveraineté populaire, le peuple contre la justice qu’il a maintes fois accusée de laxisme en d’autres occasions. Certes, la justice est rendue au nom du peuple français, mais s’il devient président de la République, comment pourra -t-il faire respecter la justice de son pays après l’avoir malmenée ?
La justice aussi joue un jeu dangereux. Quoi qu’on dise, la célérité spectaculaire avec laquelle cette enquête progresse laisse songeur. Surtout qu’on ne connaîtra pas le mot de la fin de cette affaire avant la présidentielle. S’il est mis en examen d’ici là, pour beaucoup de Français, cela ne voudra pas dire présumé innocent mais, on le sait, présumé coupable. Le préjudice serait irréparable pour lui. Sans parler de trêve judiciaire, les juges auraient pu faire un autre choix, en sagesse, conscients de la gravité du moment.

Cette campagne présidentielle prend donc une sale tournure.

Tout tourne désormais autour de cette affaire, plus rien d’autre n’est audible. Les grands perdants sont les Français qui, moins que jamais, vont se déterminer en fonction des programmes. La passion et la haine vont l’emporter sur la raison et la réflexion.