La grande solitude de Manuel Valls

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Alors que Manuel Valls a finalement été élu dans sa circonscription, Yves Thréard nous livre son analyse politique.

La grande solitude de Manuel Valls.

Valls Manuel, Valls le maudit.
Il est loin le sémillant et courtisé jeune homme en qui certains voyaient l’avenir de la gauche ; le remuant socialiste qui voulait tout révolutionner au PS ; le premier ministre flamboyant qu’on applaudissait, debout, sur tous les bancs de l’Assemblée nationale, pour son brillant et passionné discours après les attentats de janvier 2015.
Valls aujourd’hui est un homme abandonné, même de ses plus proches compagnons de route, comme le député du Val-de-Marne, Luc Carvounas. Un homme répudié pour avoir joué à l’adjudant-chef intraitable quand il était à Matignon. Un homme qui s’est fait dépouiller de son idéal réformateur par un plus jeune que lui, en la personne d’Emmanuel Macron. Un homme humilié par sa cruelle défaite à la primaire du PS et sa victoire contestée d’une centaine de voix aux législatives, dans son propre fief d’Evry.

Valls se cherche un avenir ?

Oui, un avenir immédiat pour sauver la face. Mais où peut-il aller ?
Certes, il est député, mais personne ne paraît vouloir sauver le soldat Valls. Il a fait allégeance à Macron, mais le chef de l’Etat n’en veut pas dans le groupe des macronistes à l’Assemblée nationale : sans doute pour se venger des misères qu’il lui a fait endurer avec sa loi Macron, quand il était ministre de l’Economie. Les socialistes n’en veulent pas davantage car ils ne le jugent plus des leurs : trop à droite, trop autoritaire, pas assez fiable depuis qu’il n’a pas respecté sa parole de voter Hamon à la présidentielle.
Alors Valls a tenté, ces jours-ci, de créer son propre groupe de centre gauche, Macron compatible. Il est parti en quête de quatorze autres députés pour arriver à quinze, avec lui. Mais il est revenu bredouille. Et puis d’autres ont la même idée, comme Olivier Falorni, le député divers gauche de Charente-Maritime. Mais s’ils l’acceptent, voudront-ils en faire leur chef ? Pas sûr.

Valls va donc avoir du mal à se faire entendre ?

Si d’ici à mardi, jour d’ouverture de la session au Palais Bourbon, Valls n’a pas trouvé un point de chute, il sera un député non inscrit. C’est-à-dire avec un temps de parole quasi nul pour se faire entendre. Lui restera les plateaux de télé. La politique est un monde sans pitié.