La gauche en campagne parle du travail, mais oublie les chômeurs

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

La gauche en campagne parle du travail, mais oublie les chômeurs. C’est votre constat ?

De Mélenchon à Macron en passant par les candidats à la primaire du PS, les mot "travail" et "feuille de paie" reviennent comme des leitmotivs. Comme si la gauche prenait enfin conscience qu’il lui fallait renouer avec le peuple, avec les petits salariés et les ouvriers dont elle a perdu les suffrages. Elle les a longtemps abandonnés au profit de la défense des minorités : immigrés, homosexuels et autres…
Depuis Tourcoing, dimanche, Mélenchon a appelé les "ouvriers à se faire entendre". Depuis Liévin, vieux fief socialiste du Pas-de-Calais, Valls a rendu hommage au "monde ouvrier et à ses valeurs". Hier, sur Europe 1, Montebourg a voulu s’adresser "aux 29 millions d’actifs de ce pays" à qui il veut "redonner du pouvoir d’achat en baissant la CSG". Jusqu’à Macron qui ne cesse de dire : travailler, travailler, travailler.
Tout cela est bien joli, mais il faut en trouver du travail, et bien peu disent comment…
Jamais, ils ne parlent aux sept millions de chômeurs, toutes catégories confondues.
Ce sont eux les malheureux.

Chômage et chômeurs seraient-ils devenus des mots tabous ?

On en a l’impression. Car c’est quand même le grand échec de François Hollande et, au-delà, de 40 ans de politique, droite et gauche confondues. Ce chômage de masse que les uns et les autres ont entretenu à coups d’emplois précaires subventionnés et d’allocations.
Tout le monde a échoué, et pourtant la gauche continue à ne pas regarder la réalité en face.
Le chômage, ce n’est pas une courbe, ce n’est pas une froide statistique.
Ce sont des chômeurs, des gens, des familles, qui galèrent, souffrent, se découragent.
Eh bien, la gauche ne leur parle pas, ni des solutions à mettre en œuvre. Non, elle défend les droits acquis de ceux qui ont déjà du travail, les 35 heures, même Valls ! Elle défend tout ce qui accroît précisément le chômage, qui verrouille l’accès à l’emploi.
Pire, Hamon veut instituer un revenu universel pour tous à 750 euros par mois, qui est une façon d’accepter le chômage de masse, de le pérenniser.
Quand est-ce que, dans ce pays, on comprendra que chômeur n’est pas un métier ni une condition sociale ? Qu’il faut se pencher sur les moyens qui favorisent la reprise de l’emploi ?

Le vote des chômeurs va pourtant peser à la prochaine présidentielle ?

Ignorer les chômeurs, c’est favoriser l’abstention et les extrêmes, c’est vieux comme la politique. Ignorer les chômeurs, c’est la preuve que la gauche n’a pas encore compris que le travail est dans la création et non dans le partage des richesses.