François Fillon rattrapé par le système

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

François Fillon est donc rattrapé par le système.

Eh bien oui, patatras ! Le candidat anti système qu’il voulait incarner, celui qui affirmait, en 2012, qu’il y a "une injustice sociale entre ceux qui travaillent dur pour peu, et ceux qui ne travaillent pas et reçoivent de l’argent public", celui qui dénonçait ceux qui "profitent du système", se retrouve piégé, comme bien d’autres avant lui. Soupçonné d’obscurs petits arrangements réservés à l’élite.
D’après Le Canard enchaîné, sa femme Pénélope aurait notamment perçu de l’argent public comme attachée parlementaire de son mari puis de son suppléant, sans jamais avoir travaillé. 500.000 euros au total.

Mais il n’est pas interdit à un parlementaire d’employer l’un de ses proches ?

Rien ne l’interdit, si ce proche travaille effectivement, et c’est courant. Sinon, cela s’appelle un emploi fictif pour de vrais salaires, et un détournement de fonds publics. C’est sur cette base que le parquet financier va enquêter.
Le problème, c’est que dans l’opinion publique, l’affaire va prendre une tournure beaucoup plus morale que judiciaire.
Après s’être mal défendu, Fillon veut être entendu très vite. Personne n’a le souvenir d’avoir jamais vu sa femme à l’Assemblée et elle-même a souvent répété qu’elle se tenait loin de la vie politique. Mais Fillon peut très bien apporter la preuve du travail de son épouse dans l’ombre, voire jouer la prescription, les faits étant anciens.
Mais même si ces preuves existent, suffiront-elles à convaincre une époque assoiffée de transparence ? Suffiront-elles à ne pas condamner Fillon dans l’électorat, à ne pas le faire passer pour un privilégié qui s’est accommodé du système, à le blanchir au tribunal du moralement correct ? Pas sûr.

À qui profite le crime ?

Le dossier est très précis et semble tout droit sortir de l’administration fiscale. Cette boule puante-là peut aussi venir de son camp, où il n’a pas que des amis. Il est également curieux de voir le parquet se saisir aussi vite d’une affaire… On n’a pas fini d’en parler, cette affaire va pourrir la campagne de Fillon.