François Fillon joue l’opinion contre le système

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

François Fillon joue l’opinion contre le système.

Celui qui se présentait comme le candidat de l’anti système se présente désormais comme un otage du système. Il continue donc sur l’angle d’attaque qui lui a permis de gagner la primaire. C’est l’accusé qui accuse. Fillon joue les Français contre le désordre politico-médiatique et judiciaire.
Il en est sûr : l’opinion finira par se retourner et par être avec lui. Celle qui l’a élu contre toute attente : contre la dictature des sondages qui le donnaient perdant ; contre la pression des médias qui le faisaient passer pour un second rôle ; contre le rire narquois des élites parisiennes qui daubaient sur son côté notaire de province ; contre ceux de son camp qui doutaient de lui.
Eh bien, Fillon persiste. Oui, il présente ses excuses pour des pratiques d’un autre âge. D’un usage jadis légal, mais qui heurtent aujourd’hui la morale. Mais non, il refuse d’abdiquer car il n’a rien à cacher. Il renverse la charge de la preuve : c’est à ses accusateurs de prouver qu’il a fauté.

Et il conteste même leur légitimité.

Tout à fait. Lui, il s’estime légitime, car élu d’une primaire, pas eux.
Il insinue que le parquet national financier n’est pas compétent pour enquêter sur son dossier. Au nom de la séparation des pouvoirs, il conteste le droit de la justice d’aller dire aux députés comment ils doivent organiser le travail de leurs collaborateurs.
Il lance aux journalistes : vous m’avez lynché pendant dix jours, mais sur quelles bases, sinon celle de vieux documents manipulés. Il dénonce le journal Le Monde qu’il accuse de violer le secret de l’instruction.
Il met en garde aussi les élus de son camp en leur répondant qu’il est le seul légitime à les représenter, puisque les Français l’ont choisi.
Enfin, il interpelle les électeurs de droite en leur lançant : attention, ils veulent vous voler la présidentielle - sous-entendu : le système, le pouvoir, Macron, Le Pen, "dynastie d’intouchables", ajoute-t-il.
Tout cela, ce sont d’ailleurs des arguments très populistes, vieille ficelle qu’a utilisée Trump aux États-Unis.

Cette intervention peut-elle relancer sa campagne ?

Les sondages devraient vite nous le montrer, ou pas. L’enjeu pour Fillon est de ne pas perdre le soutien de la droite populaire. En tout cas, en jouant la transparence sur son patrimoine, il ne rend pas service à ses adversaires, qui pourraient être obligés de faire pareil, à leurs risques et périls.