François Bayrou, un "ministre encombrant qui n'en fait qu'à sa tête"

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Avec l'affaire des emplois fictifs d'assistants parlementaires au sein du MoDem, Bayrou pourrait vite devenir l'homme d'un passé incompatible avec la promesse d'une nouvelle façon de faire de la politique prônée par Macron.

François Bayrou est dans la tourmente avec les révélations du Canard Enchaîné sur des emplois supposés fictifs, notamment celui de sa propre secrétaire qui aurait travaillé pour Marielle de Sarnez au Parlement européen

François Bayrou, l’égocentriste d’Emmanuel Macron. Avec Bayrou, Macron avait gagné des points qui lui manquaient pour gagner la présidentielle. Avec Bayrou, Macron pensait avoir trouvé l'allié centriste qui lui permettrait d'avoir une majorité à l'Assemblée. Avec Bayrou, Macron qui disait qu'il avait à ses côtés un homme d'expérience, trois fois candidat malheureux à la présidentielle, susceptible de l'aider, de combler sa jeunesse.

Sauf qu'aujourd'hui, Macron n'a plus besoin de cet égocentriste imprévisible et incontrôlable. De ce Béarnais surcoté qui a longtemps été le chat noir de la droite et qui pourrait devenir, avec cette histoire d'emplois présumés fictifs, un ministre encombrant qui n'en fait qu'à sa tête. Le Premier ministre en a fait les frais hier.

Bayrou estime qu’il n’a de leçons à recevoir de personne. Et pour cause, puisque c’est lui le donneur de leçons. Et, au milieu de Macron et de tous les jeunes qui l’entourent, il est à son aise pour jouer le professeur. Macron a triomphé mais, dans son esprit, le nouveau chef de l’Etat ne fait que marcher sur ses traces quand, en 2002, lui Bayrou avait refusé d’intégrer l’UMP, "parti unique et castrateur", disait-il. "Si nous pensons tous la même chose, c’est que nous ne pensons plus rien", avait-il lancé.

Il est ainsi Bayrou. Persuadé d’avoir toujours raison le premier et contre tous. Il n’aime pas la contradiction, suspecte volontiers les médias de malveillance. Il voit partout la mainmise des forces de l’argent - y compris sur Macron avant qu’il ne le rejoigne. Il cède aussi facilement à la tentation complotiste. Cette fois encore : l’affaire d’emplois fictifs qui concerne son parti - le MoDem - serait un coup monté de Hidalgo contre Macron, que la maire de Paris déteste.

Une histoire qui, si elle s’envenimait, pourrait gêner Macron ? Bayrou est le garde des Sceaux et le promoteur du projet de loi sur la moralisation de la vie publique présenté aujourd’hui en conseil des ministres. Bayrou pourrait vite devenir l'homme d'un passé incompatible avec la promesse d'une nouvelle façon de faire de la politique prônée par Macron.