Faut-il en finir avec le président de la République ?

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

Faut-il en finir avec le président de la République ?

C’est un véritable serpent de mer, le plus souvent agité par la gauche, qui refait surface : la suppression de la fonction présidentielle. Confier le destin d’un pays à un homme ou une femme qui a tous les pouvoirs, pour la gauche, c’est dangereux, même si elle en a bien profité.
Le plus surprenant aujourd’hui, c’est que c’est un gaulliste, un héritier du fondateur de la Vème République, qui pose la question : Edouard Philippe, député-maire du Havre, proche d’Alain Juppé.
Pour lui, nous sommes dans une fin de cycle, comme en 1788 ou 1957, et notre modèle politique est à bout, usé, dépassé.
De Gaulle, écrit-il dans « Libération », voulait une Constitution "pour le peuple que nous sommes, au siècle et dans le monde où nous sommes". Près de 60 ans plus tard, c’est vrai que le peuple, le siècle et le monde ont bien changé.

La fonction présidentielle n’est donc plus adaptée ?

Même si le passage du mandat de sept à cinq ans a atteint son prestige quasi monarchique, la fonction présidentielle fait de celui qui l’occupe une espèce de démiurge, de magicien de qui on attend tout. De qui on attend beaucoup trop. Comme s’il pouvait être infaillible, baisser à lui seul le chômage, la délinquance et régler tous les problèmes d’un coup de baguette magique. Comme si, dans notre pays hyper centralisé, tout devait venir d’en haut, de l’Elysée.
C’est évidemment impossible dans le monde complexe et ouvert d’aujourd’hui. Les désillusions sont telles depuis des années (à la hauteur d’ailleurs des promesses intenables des candidats) que la colère monte et que le système est proche de l’implosion.

Donc pour aller mieux, il faut se passer de président ?

Non, pour deux raisons. D’abord, les autres grands pays européens, qui n’ont pas un président tout puissant comme nous, s’en sortent peut-être mieux économiquement, mais connaissent les mêmes phénomènes de populisme. Ensuite, parce que tout dépend de la qualité de celui ou celle qui occupe la fonction présidentielle. Ce qui est sûr, c’est que le niveau n’a pas cessé de baisser depuis de Gaulle. Donc ce n’est pas une priorité, mais le sujet mérite d’être débattu.