En 2017, la France pourrait avoir un président sans majorité

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

En 2017, la France pourrait avoir un président sans majorité.

On a beau regarder dans toutes les directions, on ne voit pas un seul des candidats aujourd’hui capable d’avoir une majorité solide à l’Assemblée nationale, et encore moins une majorité absolue (289 députés sur 577) aux législatives.
Pas plus Marine Le Pen qu’Emmanuel Macron, qui partent l’un et l’autre de rien ou presque. Ils seraient obligés de tricoter des alliances fragiles, susceptibles de se défaire au moindre désaccord, comme sous la IVe République.
Hamon aurait bien sûr un mal fou avec un PS ultra divisé. Le mieux armé serait peut-être Fillon, et encore, son affaire a considérablement affaibli son autorité : rien n’est simple entre les tenants de la droite dure, ceux de la droite sociale et les centristes ralliés.
Bref, tout porte à croire que le prochain président devra marcher sur des œufs face à une France fracturée…

Ce qui aura une incidence certaine sur sa politique.

Un président sans majorité parlementaire solide ne peut pas faire grand-chose : ni vraiment appliquer son programme ni engager des réformes d’envergure.
Or que demandent les électeurs ? D’une façon ou d’une autre, que la France se porte mieux et eux aussi alors qu’ils ont la tête dans le sac, le pessimisme en bandoulière et la colère au bord des lèvres.
Un président sans majorité solide, c’est un président condamné à passer des compromis sinon à faire du sur-place et à sombrer dans l’immobilisme. Un président sans majorité solide, c’est exactement ce qu’est très vite devenue la présidence Hollande avec les frondeurs. Et on a vu les répercussions que cela avait dans la rue et l’opinion. L’arme du 49-3 a ses limites, elle est vécue comme l’outil non démocratique par excellence.
Reste la dissolution : l’expérience a montré, avec Mitterrand et Chirac, qu’elle débouchait sur une sanction du président de la République qui l’obligeait à rester en retrait.

La marge de manœuvre du prochain président sera donc limitée ?

Surtout si Marine Le Pen est au second tour. S’il la bat, le prochain président ne pourra de toute manière rien faire comme il l’avait promis. Sans tenir compte du vote frontiste. Il faudra d’abord qu’il réconcilie le pays avec lui-même. Bon courage pour éviter la crise de régime.