Emmanuel Macron peut-il incarner l’alternance ?

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

Emmanuel Macron peut-il incarner l’alternance ?

À plusieurs reprises, Macron a prétendu "incarner une alternance profonde". Ce à quoi, Fillon a répliqué lundi que Macron c’était une "fausse alternance", une « imposture » même, selon le député Les Républicains, Bernard Accoyer. Avec l’argument bien connu que Macron n’est autre que la continuation de Hollande, ce qui n’est pas tout à fait faux.
C’est vrai que le candidat du "et de droite et de gauche", du "mais en même temps", du "tout et le contraire de tout"est celui qui incarne le moins la rupture parmi les quatre favoris à cette présidentielle. Le Pen veut sortir de l’Europe et arrêter toute immigration ; Mélenchon propose la relance, à coups de vieilles recettes de gauche et de centaines milliards d’euros ; Fillon veut au contraire faire 100 milliards d’économies et pousser plus loin que jamais le bouchon du libéralisme.
Le programme de Macron est beaucoup moins tranchant et radical.
À quatre jours du premier tour, bien malin qui peut le qualifier.

Où donc se cache son originalité ?

Elle est surtout formelle. Chez Macron, l’homme compte plus que le programme. Tout a été dit sur lui : il est nouveau, il est jeune, il est bien de sa personne. Pour beaucoup de Français, ça suffit à incarner la marque du changement par rapport à des candidats qui sont dans le paysage depuis des lustres.
Pour Macron, la révolution, qui est aussi le titre de son livre, elle est moins dans les idées que dans les nouveaux usages politiques qu’il veut introduire : la réforme par le consensus contre le traditionnel clivage droite-gauche. Une méthode à l’allemande qui exige de la patience, mais qui, appliquée en France, ne garantit pas le changement.
Pour Macron, cette révolution passe aussi par de nouveaux visages. S’il est élu, il fait le pari que seront élus derrière lui des têtes nouvelles au Parlement, issues de la société civile et pas déformées par des années de vieilles pratiques et combines politiques.

De nouveaux usages et de nouveaux visages, est-ce suffisant pour gagner ?

Peut-être. Le problème aujourd’hui, c’est que cette promesse est masquée par tous les ralliements qui, de Madelin à Robert Hue en passant Bayrou, ne donnent pas du tout l’image du renouveau.