Emmanuel Macron est un raisonnable qui ose tout

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

Emmanuel Macron est un raisonnable qui ose tout.

Quel étrange candidat que ce virtuose de l’effet d’annonce, de l’oxymore et de l’eau tiède, qui nous fait prendre des vessies pour des lanternes. Oui, il ose tout, même nous faire passer pour une « Révolution », titre de son livre, un programme économique on ne peut plus sage et classique. On en saura plus demain quand il le présentera, mais on sait déjà qu’il n’est pas question de revenir sur les 35 heures, l’ISF, de trop tailler dans les dépenses publiques et que, s’il est élu, il fera du Hollande mais en l’assumant. Macron, c’est un peu ce qu’écrivait le comte de Lampedusa dans le Guépard, "pour que tout change, il faut que rien ne change". Macron le dit lui-même : "C’est une erreur de penser que le programme est au cœur de la campagne". Incroyable aveu, et malgré cela, c’est l’un des favoris, comme si les gens lui donnaient le bon Dieu sans confession. C’est vrai qu’il se dit "christique".

Mais il fait aussi des déclarations qui dérangent.

Bien sûr, à l’inverse, il balance des énormités, prend des risques. Il ose dire que la colonisation est un crime contre l’humanité, et il présente ses excuses aux Algériens. Il affirme aussi qu’il n’y a pas de culture française, que l’art français n’existe pas. L’an dernier, il prétendait que les écoles juives enseignaient davantage la Torah que les savoirs fondamentaux. En 2015, il déclarait dans une interview que "ce qui manque en France, c’est un roi". Et il vient de se prononcer pour une suppression de la taxe d’habitation pour 80% des ménages français (une folie ! ) sans dire comment feront les municipalités. Autant de petites bombes qui ne sont pas de l’eau tiède cette fois, qui peuvent heurter les consciences, mais tout le monde accourt vers lui, même quand ils ne sont pas d’accord, de François Bayrou à Geneviève de Fontenay, l’ancienne copine d’Arlette Laguiller !

Il y a donc un phénomène Macron.

Il paraît qu’un poids lourd du gouvernement le traite de "dingue avec un programme plutôt bien". Après un président normal qui cachait bien son jeu, avec un programme illisible, ça rétablirait au moins l’équilibre. Ce qui est certain, c’est que Macron profite des faiblesses de la gauche et de la droite.