Emmanuel Macron, est-ce le candidat qui butine ?

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

Emmanuel Macron, est-ce le candidat qui butine ?

Oui, il va comme l’abeille, de fleur en fleur, pour faire son miel : un coup à gauche un coup à droite pour bâtir son programme. Ce matin, c’est dans Le Figaro que Macron s’exprime. Sur la sécurité. Il est pour la tolérance zéro, comme Pasqua jadis. Pour une République indivisible aussi, mais plurielle, ce qui est beaucoup moins gaulliste.
Puisque c’est la saison du tournoi des six nations de rugby, Macron me fait penser à ces petits demis de mêlée qui laissent les autres pousser, se cogner et qui attend que le ballon sorte pour partir, se faufiler et échapper à la meute.
Macron, il est tellement insaisissable qu’il en énerve beaucoup. On l’écoute, il vous captive par la profondeur de son regard et puis on ne s’est plus ce qu’il a dit et, après réflexion, on finit par se demander si c’est du lard ou du cochon. Par se demander si on est trop bête ou s’il nous prend pour un électeur.

Qu’entendez-vous par là, ça paraît logique s’il veut se faire élire ?

J’entends qu’il procède par clientèle électorale, mais hors clivage partisan. Donc, il va de clientèle en clientèle, et cherche à satisfaire tout le monde.
Dans une interview accordée à L’Obs, cette semaine, il regrette que les opposants au Mariage pour tous aient été "humiliés". Un petit mot gentil pour leur rappeler qu’il pense bien à eux, que lui, il est à leur écoute si d’aventure Fillon continuait à chiffonner leur rectitude morale avec son affaire.
Il y a un petit côté Hollande, en plus cultivé, en plus jésuite, en plus stylé, chez Macron. Macron dit de la présidence Hollande qu’elle fut un "tableau pointilliste", une présidence faite de petites touches qu’il n’a pas su expliquer. Si Hollande est pointilliste, Macron, lui, est un maître de l’impressionnisme.
La perspective est plus profonde, mais est-ce que ça imprime dans la tête des gens, comme on se le demandait déjà pour Hollande ? Attention à l’illusion d’optique : Macron en marche peut se retrouver en marge.

Et puis qui trop embrasse mal étreint ?

Oui, c’est comme ça qu’on finit par se fâcher avec tout le monde. Confère la colonisation. En novembre, il a fâché les Franco-algériens en disant qu’elle avait eu quelques vertus. En affirmant cette semaine qu’elle était un "crime contre l’humanité", il risque de se mettre à dos bon nombre de Français, d’origine pied-noir notamment. Pas simple, la synthèse, un mot cher à Hollande.