Emmanuel Macron aura évidemment une opposition !

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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À quelques jours du second tour des élections législatives, Yves Thréard nous livre son analyse politique.

Emmanuel Macron aura évidemment une opposition !

Les cris d’orfraie qu’on entend actuellement sur l’hégémonie de la future majorité présidentielle sont ridicules. Et ce n’est pas parce que droite et gauche devraient sortir en lambeaux du second tour des législatives qu’aucune opposition ne se fera entendre.
Jamais sous la Vème République, l’opposition parlementaire, qu’elle soit de droite ou de gauche, n’a réussi à faire reculer un gouvernement sur un texte majeur. Sans remonter très loin, pas plus sur le passage aux 35 heures que sur le Mariage pour tous, pas plus sur la réforme des retraites de Sarkozy, en 2010, que sur celle du collège de Najat Vallaud-Belkacem. Nos institutions sont ainsi faites que l’Assemblée nationale (sans parler du Sénat qui a peu de pouvoirs) est toujours aux mains de la majorité. C’est donc de celle-ci que le gouvernement et le chef de l’État doivent d’abord se méfier.

L’opposition est toujours dans la majorité ?

Bien sûr, et Hollande est bien placé pour en parler, car ce sont les frondeurs, internes à sa majorité, qui l’ont empêché de réformer la déchéance de nationalité ou le Code du travail comme il le voulait. Autre exemple, plus ancien, en 1975, la loi Giscard d’Estaing - Veil sur l’interruption volontaire de grossesse. Elle n’est passée que grâce à l’opposition de gauche, car une bonne partie de la majorité gaullo-centriste a voté contre.
Macron a donc tout à redouter d’une majorité écrasante, qui plus est politiquement inexpérimentée et venue d’horizons divers. C’est d’elle que viendront la résistance et la contestation les plus gênantes. Comme on dit, connais tes ennemis et méfie-toi de tes amis.

Et puis il y a la rue…

La première opposition, le plus redoutable, elle est évidemment là. C’est la rue qui a fait reculer Mitterrand sur l’école libre en 1984, pas la droite. C’est la rue qui a fait reculer Chirac et Juppé sur les retraites et la Sécurité sociale en 1995, pas la gauche. Tous les deux pouvaient pourtant compter sur une majorité parlementaire hégémonique comme Macron.