Débat de l'entre-deux tours : Fillon à sa place, Juppé s'est trompé de public

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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À quelques jours du second tour de la primaire de la droite, Yves Thréard nous livre son analyse du débat qui a opposé hier soir Alain Juppé et François Fillon.

Hier soir, c’était le débat avant la finale de la primaire de la droite et du centre. Pour Yves Thréard, Juppé s’est trompé de public.

Oui, c’était flagrant et c’est pourquoi il risque fort d’être battu dimanche. Juppé s’adresse aux Français quand Fillon parle à la droite. Même les mots choisis marquent entre eux cette différence. Juppé veut moderniser la France, lorsque Fillon veut radicalement la changer. Juppé veut consolider son modèle social lorsque Fillon veut le simplifier. Juppé défend la diversité de la France lorsque Fillon dit clairement non au multiculturalisme.
Juppé était hier soir en course pour le second tour de la présidentielle alors que Fillon cherchait simplement à confirmer son avance dans le cœur de l’électorat de droite.

Que ça plaise ou pas, Fillon était donc l’homme qu’il fallait à la bonne place ?

C’est tout à fait ça. Fillon l’a même dit : "moi, je mène une bataille idéologique". Et que veulent une majorité d’électeurs de droite aujourd’hui ? Que leurs élus de droite soient enfin de droite. Pour qu’il y ait moins de fonctionnaires, pour que tout le monde, fonctionnaires ou pas, travaille plus, pour que la médecine soit désétatisée, pour que les polices municipales soient armées, pour que la destruction de l’État islamique passe avant celle de Bachar el Assad. Fillon va à l’essentiel pour, selon la formule de Richelieu, rendre possible ce qui est nécessaire aux yeux de son public électoral. Juppé n’a pas cette rage. Sans doute en a -t-il conscience puisqu’il a admis que les Français avaient, d’après lui, peu lu ses livres. Une forme d’aveu d’impuissance.

Le débat est toutefois resté courtois ?

Courtois, sans agression, mais tendu. Juppé voulait rassembler plus que convaincre et Fillon voulait convaincre sans rien concéder. Raison pour laquelle il est resté maître du débat. C’est Fillon qui était droit dans ses bottes.