Alain Juppé serait-il devenu un candidat de gauche ?

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Alors que de nombreux sympathisants de gauche prévoient d'aller voter pour Alain Juppé à la primaire de la droite, le maire de Bordeaux mène une campagne beaucoup plus centriste que celle de Nicolas Sarkozy.

Alain Juppé serait-il devenu un candidat de gauche ?
 
C’est à se le demander tellement les commentaires vont bon train sur les sympathisants de gauche qui pourraient aller voter en nombre à la primaire de la droite.
Les Sarkozystes matraquent la rumeur de bon cœur pour discréditer Alain Juppé. Pour eux, pas de doute, ces gens de gauche iraient forcément voter pour faire gagner Juppé.
Juppé, l’identité heureuse, l’homme du centre, voire du centre gauche, du changement tranquille : voilà de quoi faire peur aux électeurs de droite les plus déterminés.
L’argument est de saison pour les mobiliser alors que les mauvais sondages et les emmerdes pleuvent sur la tête de leur viril favori.
C’est vrai qu’objectivement la campagne du maire de Bordeaux est plutôt tournée vers le centre tandis que celle de l’ex chef de l’État vise à séduire des Français partis flirter avec le Front national. Mais, en fait, peu de choses les séparent, sinon sur la forme : Juppé la joue bon père de famille quand Sarkozy la joue enfant terrible.
Cela ne fait pas de Juppé un homme de gauche. Il est d’ailleurs plus de droite que jamais.
 
L’hypothèse est-elle tout de même plausible ?
 
Plusieurs sondeurs le disent. Selon eux, 8 à 10% des personnes déclarant vouloir voter à la primaire seraient des sympathisants de gauche.
À dire vrai, personne n’en sait précisément rien car cette primaire de droite est une première dans l’histoire.
Est-ce que dans les campagnes et les petites villes, où tout se sait, des gens réputés de gauche iront se compromettre en s’affichant dans un bureau de vote et en signant une charte défendant les valeurs de la droite et du centre ? Cela reste à voir.
Si la droite était allée voter en masse à la primaire de la gauche en 2011, Manuel Valls aurait fait bien plus que 5%.
 
Donc vous ne croyez pas que cela puisse influencer le scrutin de novembre ?
 
Prudence et puis on peut retourner la rumeur. Les sympathisants de gauche peuvent, au contraire, avoir un intérêt à voter Sarkozy.
Pariant sur l’antisarkozysme virulent de beaucoup de Français, ils peuvent se dire qu’il serait plus facile à éliminer que Juppé à la présidentielle. C’est le pari que fait Hollande.
Mais, pour cela, faudrait-il encore que la gauche soit présente au second tour, le 7 mai 2017, ce qui est loin d’être acquis.