Mort de Maurice Audin : la France espère une contrepartie de l’Algérie

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L'édito politique est une chronique de l'émission Debout les copains !
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Chaque matin, Michaël Darmon évoque un sujet précis de la vie politique.

Ce jeudi, deux interventions présidentielles en une journée sur des sujets importants : le plan contre la pauvreté et la reconnaissance de la responsabilité de l’État dans la torture de Maurice Audin, militant communiste mort pendant la guerre d'Algérie.
Pourquoi ce télescopage au risque de brouiller les deux annonces ?

Deux décisions et un même objectif politique : retrouver de la hauteur présidentiel. Pour cela, Emmanuel Macron attaque cette fois par le versant gauche le plus escarpé. Le plan de lutte contre la pauvreté créé le dispositif du revenu minimum universel défendu par Benoît Hamon durant sa campagne. Même si les modalités sont différentes, on est sur une fusion des minima sociaux à terme, c’est une mesure qui rencontre un écho certain à gauche. Mais surtout, la mesure de la garantie jeunes, qui passe de 100.OOO à 500.000 bénéficiaires et créée sous la présidence Hollande, est une réponse à une demande de la CFDT à l’origine de cette disposition.
Laurent Berger qui tire à boulets rouges depuis des mois contre le gouvernement trouve là un motif de satisfaction et peut être rassuré.

Le même jour, Emmanuel Macron va porter un document qui reconnaît la responsabilité de l’État dans la torture de Maurice Audin en Algérie à sa veuve.
Les communistes mènent ce combat depuis longtemps, ils ont finalement eu gain de cause.
Les effets de ces deux actes fusionnés seront à observer dans les prochaines semaines. On saura alors si Emmanuel Macron a réussi ou non à reprendre en main son action présidentielle.

Ce geste sur la torture est qualifié d’historique. Emmanuel Macron veut-il s’inscrire dans les pas de Jacques Chirac et son discours au Vel D’Hiv sur la responsabilité de l’État Français dans le régime de Vichy ?

Ce discours de Jacques Chirac en juillet 1995 s’inscrit en effet parmi les paroles présidentielles marquantes de la cinquième République. Cette fois, il s’agit de la guerre d’Algérie. Son inventaire officiel est toujours explosif à force d’avoir toujours repoussé ce moment, s’adresser au nom de l’État français à ceux qui ont été victimes des exactions de l’armée française durant la guerre d’Algérie.
Le fait est majeur car la vérité historique n’avait jamais été reconnue par le pouvoir.
Là, pas de discours mais une lettre portée chez la veuve de Maurice Audin. Toujours la recherche du geste théâtral chez Macron.

En réalité, à travers Maurice Audin, Emmanuel Macron s’adresse à tous ceux qui ont été torturés y compris les militants du FLN.
On se souvient de la polémique soulevée par les propos du candidat Macron en Algérie sur les crimes de guerre de la colonisation. Cette fois, la démarche est mieux pensée et Emmanuel Macron élu est plus en situation. L’enjeu est multiple : essayer enfin d’apaiser les récits familiaux dans les familles françaises qui partagent cette histoire. Une nouvelle page pourrait s’écrire en espérant qu’il ne soit pas trop tard.

Enfin et c’est une information : il faut savoir que La France espère une contrepartie de l’Algérie avec ce geste. Les Français attendent des informations sur les soldats morts ou disparus durant quelques massacres dans des lieux précis, une demande des associations d’anciens combattants.

Lorsqu’ils s’expriment en privé, des prédécesseurs d’Emmanuel Macron pointent son manque d’expérience.
On peut quand même se demander si dans ce cas précis, il ne s’agit pas justement d’un avantage puisqu un dirigeant âgé de 40 ans peut regarder un passé qui ne passe toujours pas.