Le Grand Paris a du plomb dans l’aile

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito politique est une chronique de l'émission Debout les copains !
Partagez sur :

Chaque matin, Michaël Darmon évoque un sujet précis de la vie politique.

Pas facile de transformer le pays, comme le promet Emmanuel Macron.
En cette rentrée, le gouvernement range discrètement dans le tiroir une réforme présentée comme incontournable au début du mandat : le Grand Paris.
Pour quelle raison alors que les installations pour les Jeux Olympiques sont au cœur du projet ?

Le Grand Paris c’est comme l’Arlésienne, on en parle tout le temps mais on ne le voit jamais.
Le projet de fusion des départements de la petite couronne parisienne a été englouti par le Moloch, le surnom donné à la machine de l’État par des hauts fonctionnaires eux mêmes.
L’intention du gouvernement était de créer un nouveau territoire capitale, capable de rivaliser avec le Grand Londres et de développer une nouvelle attractivité économique.
Avec au cœur du projet, l’enjeu de la mobilité et notamment la construction du Grand Paris Express avec le super RER qui doit en particulier desservir les sites des Jeux Olympiques de 2024 en Seine-Saint-Denis et en Île-de-France.

Mais voilà, tout cela ne se fera pas et est rangé au placard.
Pourquoi ? Tout d’abord parce qu’au sommet de l’État, on est la main sur le frein.
Autour du Secrétaire général de l’Élysée, on ne soutient plus le projet.
À Bercy non plus et là, c’est une questions de gros sous. La principale mesure prévue pour le Grand Paris est la taxe locale de bureaux (qui représente 500 millions d’euros) qui échappe à Bercy puisqu’elle devait être perçue par la société du grand Paris. Et quand Bercy est fâché, Bercy fait capoter.
Résultat : en petit comité Emmanuel Macron l’admet, il n’y a plus d’argent pour faire le Grand Paris.

Tout est donc revu à la baisse. Il y aura le budget pour faire à peine les deux ou trois stations du Grand Paris Express pour les Jeux Olympiques. Le reste du projet fera partie d’un programme pour les municipales en 2020.
Pour l’heure, les Jeux Olympiques se font donc à Saint-Denis et non à Paris.

C’est une victoire pour les présidents des départements du Val-de-Marne, de la Seine-Saint-Denis, des Hauts-de-Seine et même des Yvelines.
De sensibilités politiques opposées, ils se sont soudés depuis un an pour mener une guerre sans merci à ce projet. Ils ont rencontré le chef de l’État à ce sujet et Emmanuel Macron a été sensible à une partie de leurs arguments politiques, les difficultés budgétaires ont fait le reste.

Est-ce que cela signifie que la réduction de la voilure dans les réformes c’est la véritable devise ?

Pour l’an deux du quinquennat, la priorité est donnée au climat social.
"Make the retraites great again", c’est l’horizon. Plus de Grand Paris mais un pari politique, celui de reprendre une activité normale après cette rentrée secouée, quitte à revoir les grands projets de transformation.
Coincé entre des experts qui n’ont pas l’habitude de rendre des comptes aux électeurs, des novices peu formés pour les vrais combats face aux résistances du système (Nicolas Hulot) ou des briscards de la politique qui imposent leur calendrier
(Gérard Collomb), Emmanuel Macron prend conscience d’une forme de solitude et de son manque de relais locaux à cause d’un parti majoritaire faiblement organisé.
Mais il n’a pas d’autre choix que de renouer avec l’audace, car la société avance plus plus vite que le monde politique.