Visite du salon de l'Agriculture: à quelle sauce seront mangés les candidats à la présidentielle ?

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Le passage obligatoire des candidats au salon de l'Agriculture devrait être une épreuve compliquée cette année tant les agriculteurs vivent une période difficile.

Accueilli sans hostilité mais sans enthousiasme, François Hollande a inauguré samedi le salon et surtout le marathon des politiques dans les allées de la plus grande ferme de France. C’est bien sûr un exercice incontournable pour les candidats en campagne présidentielle.
 
Absolument mais fini le folklore ! Les paysans en ont marre ! Et cette année, ce sera une épreuve périlleuse pour les candidats compte tenu du malaise paysan. Car cette profession est en crise, frappée par la baisse des revenus, qui vire même à un désespoir sans précédent avec un nombre de suicides dramatiques (600).
D’abord quelques chiffres pour comprendre l’enjeu politique d’une visite pour un candidat à la présidentielle : Longtemps chouchouté par Jacques Chirac, les paysans au sens large c’est à dire avec les retraités, les conjoints et les salariés des coopératives agricoles représentent 8% du corps électoral global. Et en 2012, ils votaient à 44% pour Nicolas Sarkozy quand Marine Le Pen recueillait 19,5%, François Hollande 13,5% et François Bayrou 11%.
Mais ça c’était avant car cette année, Marine Le Pen devrait, selon des estimations de l’Ifop, est en train de prendre le leadership : elle est créditée pour l’instant de 35% des suffrages agricoles contre 24 pour François Fillon en perte de vitesse dans cet électorat.
 
Comment vont se passer les visites de Marine Le Pen et François Fillon ?
 
Pour Marine Le Pen, qui sera sur le salon demain, ça devrait être tapis rouge. L’an passé, elle était restée 10 heures sur place, battant tous les records de Jacques Chirac et enchaînant selfies sur selfies. La candidate du FN ne manquera de dire le mal qu’elle pense de l’Union européenne, source selon elle de tous les maux de la filière agricole. Ce qui est paradoxal quand on sait que les agriculteurs sont largement dépendants des quelques neuf milliards de subventions allouées chaque année par Bruxelles.
Pour François Fillon qui a prévu plusieurs passages mercredi et vendredi et dès demain à Villepinte au salon des machines agricoles, l’enjeu sera double : d’abord se confronter à la foule des visiteurs dans une déambulation risquée pour lui en plein PenelopeGate. Et puis resserrer le lien avec les paysans. Un monde qu’il connaît et apprécie en tant qu’ancien élu d’une circonscription rurale dans la Sarthe. Et auquel il promet un programme très attractif.
 
Et pour Emmanuel Macron, qu’en sera-t-il ?
 
Ce sera d’abord son baptême du feu à la porte de Versailles. Ce n’est bien sûr pas le monde de l’ancien banquier d’affaires. Ce n’était pas non plus celui de Nicolas Sarkozy qui a su les séduire après des débuts chaotiques. On attend de voir comment Macron va se mettre en marche au milieu des veaux, vaches, cochons. Pour l’instant, il a juste indiqué que "l’agriculture n’était pas un secteur comme les autres".
Un dernier mot sur les candidats de gauche pas à la fête ici. Jean-Luc Mélenchon a carrément décidé de boycotter la traditionnelle visite et ira défendre son modèle alternatif agricole dans une ferme de L’Oise. Benoit Hamon y passera une bonne partie de la journée. L’accueil devrait y être frais. Les paysans ont été très déçus par le mandat de François Hollande et son ministre Stéphane Le Foll qui aura battu le record de longévité en restant cinq ans en place.