Valls : la meilleure manière de rater une campagne

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Après avoir totalement raté sa première partie de campagne, Manuel Valls a décidé de se concentrer sur le thème de la laïcité et jouer de son côté "présidentiable".

Sorti deuxième du premier tour de la primaire de la gauche, Soazig Quémener, Manuel Valls a trouvé la meilleure manière de rater sa campagne.

Un véritable cas d’école. Manuel Valls s’est pris une bonne droite dimanche soir ou plutôt un crochet du gauche. Lui, l’ancien chef du gouvernement est arrivé deuxième derrière son ancien ministre de l’Éducation, le frondeur Benoit Hamon, avec 31% des suffrages et très peu de réserves de voix. La conséquence logique d’une campagne express où Manuel Valls a entrepris de dilapider son capital politique en 48 jours chrono.
Souvenez-vous, le 5 décembre 2016, la presse se serrait dans la salle des fêtes de la mairie d’Evry dans l’Essonne pour sa déclaration de candidature. François Hollande venait d’abdiquer, Valls était "prêt" et on allait voir ce qu’on allait voir.

En fait Valls n’était pas, mais alors pas du tout "prêt" ?

Pas le moins du monde. De cette campagne, on a retenu des péripéties : l’enfarinage de Strasbourg ou la désolante gifle de Lamballe. On oublie que le principal problème du candidat, rincé après deux ans et huit mois à Matignon était le manque criant d’idées neuves. Il avait pourtant eu l’intuition, comme Benoit Hamon, du revenu universel, mais il l’a transformé en un revenu décent, bien moins ambitieux. Et qui n’était plus qu’une fusion des minimas sociaux.
Pire, il a même envisagé sans scrupules la suppression de l’article 49.3 de la constitution, alors qu’il l’a utilisé lui-même à six reprises ! De quoi brouiller son image. Ce n’est finalement que dans la dernière ligne droite qu’il a semblé retrouver son identité politique : la gauche républicaine laïque et sécuritaire.

Il lui reste cinq jours. Peut-il renverser la table ?

Manuel Valls l’a dit hier soir, il est plus à l’aise maintenant, en tête à tête avec Hamon, au moment de la grande clarification entre deux gauches qu'il avait décrété irréconciliables. La réformatrice d’un côté, la plus utopiste de l’autre.
À présent sa stratégie est nette : Valls va refaire du Valls, défendre la laïcité et son corollaire, l’égalité entre les sexes. Ce matin, il visite par exemple une maison des femmes en banlieue parisienne.
Il va aussi jouer sur sa "présidentialité", essayer de convaincre que lui seul a les épaules, qu’il peut, lui, faire gagner la gauche. Ce qui le place pour le coup Samuel dans le camp de l’utopie.