Que vient faire Vincent Peillon dans cette primaire ?

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Vincent Peillon semble le seul à s’accrocher encore au programme mittérandien d’une gauche européiste, antiraciste et libérale.

On a beaucoup parlé cette semaine de Vincent Peillon, le candidat inattendu à la primaire de la gauche. Mais que vient faire Vincent Peillon dans cette primaire ?

C’est ce que l’on se demande depuis le début. Avec son agrégation de philosophie, ses petites lunettes rondes, ses romans, et sa biographie de Ferdinand Buisson, on s’attendait à ce qu’il mette un peu d’idées dans un concours de communicants, qu’il sorte du lot au milieu d’apparatchiks patentés. N’a-t-il pas dit lui qu’il refusait les slogans pour préférer le projet?
Hélas, le candidat "intello" de la primaire, refuse les formules mais multiplie les bourdes. Mardi soir, il ose un parallèle hasardeux entre la situation des musulmans aujourd’hui et celle des Juifs sous Vichy. Mercredi, il donne une définition laborieuse du clivage droite-gauche, déclarant en substance qu’être de droite, c’était "être contre le droit de vote des Noirs". Un manichéisme à la Jack Lang digne des heures les plus lumineuses de notre histoire. Enfin, samedi soir sur le plateau d’On n’est pas couché, Vincent Peillon sortit une dernière sornette. S’appliquant à démontrer la nécessité du couple franco-allemand, il a attribué à la "germanophobie" française le déclenchement de nos trois guerres avec l’Allemagne. Et oui, avec Peillon, c’est toujours de notre faute : c’est notre laïcité qui provoque l’antisémitisme, et notre germanophobie qui provoque la guerre !

"Le nationalisme c’est la guerre", c’est du Mitterrand, c’est assez classique en somme ?

Mais en effet, alors que Manuel Valls veut incarner une ligne laïque et autoritaire qui prend au sérieux la menace islamiste dans notre pays, qu’Arnaud Montebourg affiche son scepticisme vis-à-vis de l’Europe avec un programme souverainiste, et que Benoit Hamon se tourne vers la gauche radicale, Vincent Peillon semble le seul à s’accrocher encore au programme mittérandien d’une gauche européiste, antiraciste et libérale.

Est-ce qu’il peut gagner ?

Ce n’est pas pour rien qu’il a reçu le soutien de Mazarine Pingeot, fille de François Mitterrand, ainsi que celui de Claude Askolovitch, journaliste auteur d’un livre mélancolique venant de paraitre sur la mort du socialisme. Peillon est un candidat pour nostalgiques, il incarne le fantôme pâlissant d’une gauche dopée à l’antiracisme parce qu’elle a abandonné, depuis le tournant de la rigueur de 1983, la lutte contre les inégalités. Une gauche libérale-libertaire qui n’a plus d’idée ni d’électorat, et se contente de dénoncer le "fascisme rampant", multipliant les "droits" pour cacher son impuissance. À cet égard, son programme est un jackpot sociétal : ouverture de la PMA, légalisation de l’euthanasie, droit de vote des étrangers aux élections locales.
Finalement qu’est-ce que Peillon? C’est Mitterrand sans la profondeur, Taubira sans le lyrisme. La gauche sans le peuple.