Présidentielle : les indécis au pouvoir

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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À moins de deux mois du premier tour, les candidats s'interrogent encore sur la meilleure façon de rassembler l'électorat autour d'eux.

Les indécis sont au pouvoir dans cette élection présidentielle

À 54 jours du premier tour, dans les états-majors des candidats, on guette le sacro-saint moment de la cristallisation. Pas la cristallisation au sens stendhalien, c’est à dire le phénomène d’idéalisation au début d’une relation amoureuse. Quoique cette définition pourrait s’appliquer à Emmanuel Macron, notre nouveau leader charismatique et mystique. Non, il s‘agit de ce moment où la position des candidats les uns par rapport aux autres se fige. Quand enfin, l’on connaît, ou plutôt l’on croit connaître l’état du rapport de force électoral et le duo qui tiendra définitivement la tête.

Et ce n’est pas encore le cas aujourd’hui ?

Eh bien non. Regardez, le paysage politique est encore sous un épais brouillard. Selon une étude BVA publiée la semaine dernière, près de la moitié des personnes ayant l’intention de voter à la présidentielle n’ont pas encore arrêté leur choix. Le ralliement de François Bayrou la semaine dernière a sans conteste densifié la candidature d’Emmanuel Macron. L’ancien ministre a été propulsé en deuxième position des sondages avec désormais une sureté de choix équivalente à celle de Benoit Hamon. Mais s’il ne s’agissait que d’un effet de souffle ? Les Français vont-ils vouloir hisser face à Marine Le Pen un homme de 39 ans, dont on ne sait pas encore avec quelle majorité il va bien pouvoir gouverner ? De son côté, c’est devenu une habitude, François Fillon tente une nouvelle fois de relancer une campagne en montagnes russes. Samedi, à Aubervilliers, il promet de dévoiler l’ensemble de son projet, que l’on connaissait pourtant déjà bien. Prêt à tout, même à se répéter, pour faire oublier ses déboires judiciaires.

En même temps, des indécis à plus de cinquante jours d’une élection présidentielle, c’est assez normal.

Oui, mais la cuvée 2017 est très particulière. D’abord nous avons des sympathisants déboussolés, aussi bien à gauche qu’à droite par le résultat des primaires. Quelle décision vont prendre ceux qui désiraient voter Juppé ? Et les électeurs de Manuel Valls ? Ils peuvent se reconnaître dans la proposition sociale-libérale de Macron, mais certainement pas dans sa vision de la laïcité. Il y a aussi ce nouveau phénomène Praf, une notion développée par Brice Teinturier dans son livre éponyme. Praf comme "Plus rien à faire", "plus rien à foutre". Le politologue parle, vous l’aurez compris, de ces Français indifférents, voire dégoutés de la politique qui pourraient bien faire turbuler le système le 23 avril prochain.

Une situation qu’un collaborateur LR résumait hier de ces quelques mots : "On est dans le Schwarz".