Présidentielle : la malédiction Juppé

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Estimant qu'il était "trop tard", Alain Juppé a définitivement dit "non" à une éventuelle candidature pour remplacer François Fillon.

La malédiction Juppé.
 
Hier matin, Alain Juppé, éternel angoissé, est arrivé deux minutes en avance au rendez-vous qu’il avait fixé aux Français.
Et pourtant, il était "déjà trop tard". Dans un discours qui n’était pas dépourvu de panache, le maire de Bordeaux a donc dit non "une bonne fois pour toutes".
Il ne sera pas le recours d’une droite en alerte rouge à moins de cinquante jours du premier tour d’une présidentielle qui s’annonçait imperdable pour son camp.
 
A-t-il dit toute la vérité, celle qui l’a conduit à ce nouveau renoncement ?
 
Il y a bien entendu du vrai dans ce que dit Juppé. Il aurait peiné à rassembler la droite et le centre alors que son ami François Bayrou a déjà fui chez Macron.
N’empêche, Juppé aurait bien endossé le costume de sauveur de la droite. Dès mercredi dernier il consultait ses proches : son heure n’était-elle pas revenue ?
La véritable raison de son renoncement, il faut la lire dans une autre phrase de sa déclaration. "Je n'ai pas l'intention de m'engager dans des tractations partisanes ni des marchandages de postes". Pour un gaulliste, ce n'est pas l'esprit de la présidentielle ». Même en ces circonstances exceptionnelles, Juppé l’orgueilleux ne voulait pas des accommodements raisonnables que lui proposait son parti. Il était, "hors de question qu’on lui impose qui que ce soit autour de lui". Il a donc préféré rompre plutôt que jouer le bras de fer, notamment avec Nicolas Sarkozy.

Voilà encore une occasion ratée, sans doute la dernière, pour Alain Juppé ?

C’est là toute l’histoire de la malédiction Juppé. Celle d’un homme de raison qui écoute bien trop souvent ses passions.
Régulièrement, la main du destin vient se poser sur son épaule, mais le meilleur d’entre eux n’arrive jamais à ses fins.
Après une carrière politique marquée par sa condamnation dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris, 2017 devait être enfin son heure. Les sondages faisaient état d’une insolente popularité, dans sa tête, il était enfin à l’Élysée.
Le rideau s’est douloureusement baissé le 27 novembre sur cette ambition d’une vie avec son échec au second tour de la primaire de la droite et du centre. "On l’avait ramassé à la petite cuillère", confie un membre de son équipe. Et l’épisode du plan B vient encore raviver cette blessure.
Il n’est pas interdit de penser que quand Juppé lance hier depuis la mairie de Bordeaux : "Quel gâchis, François Fillon avait un boulevard devant lui", il pense aussi et surtout à lui-même.