Les politiques tapent-ils trop sur les journalistes ?

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Nombreux sont les politiques qui tapent régulièrement sur les "médias du système", il n'y a bien qu'Emmanuel Macron qui les épargne en ce moment.

Les journalistes sont-ils devenus la nouvelle cible des politiques?

"Lynchage médiatique": c’est désormais le nouvel axe de défense de Fillon et ses soutiens qui tapent allègrement sur les journalistes.
Il est loin d’être le seul. Certes, le FN tape régulièrement sur les "médias du système" mais Mélenchon n’est pas en reste, et même Valls s’y était mis pendant la primaire de la gauche. Seul Macron prend la défense des journalistes, attaquant les sifflets anti-médias des meetings de Fillon. On le comprend en même temps, quand on a fait 20 fois la une d’hebdos en un an, on ne va pas se plaindre !

Est-ce que c’est vraiment nouveau?

On se souvient de de Gaulle qui fustigeait la "coalition hostile des stylographes", ou bien Mitterrand à la mort de Berégovoy qui fustigeait "l'honneur d'un homme livré aux chiens".
Sauf qu’aujourd’hui cette critique est devenue une arme politique. Le phénomène n’est pas franco-français : de Beppe Grillo en Italie à Trump aux États-Unis, elle touche toutes les démocraties occidentales. Et elle assure souvent le succès dans les urnes.
Alors pourquoi ? Si les politiques tapent sur les journalistes, c’est parce que le peuple les détestent, et pas l’inverse.

L'enquête annuelle du Cevipof révèle que seules 23% des personnes interrogées font confiance aux médias .

On compare souvent notre situation aux années 1930, avec la montée des populismes sur fond de crises économiques, mais la grande différence, c’est que là où à l’époque c’était la figure du parlementaire qui excitait la haine du citoyen, il semble que ce soit aujourd’hui celle du journaliste. Comme si l'inconscient collectif considérait que le pouvoir est plus dans les salles de rédaction, les radios et les télévisions que dans les ministères. Que le parti des médias était le premier parti de France.

Les journalistes doivent ils s’inquiéter?

Nous journalistes devons être corporatistes et nous serrer les coudes, mais permettez-nous de déroger à la règle. Les médias ont une énorme responsabilité dans la détestation qu’ils suscitent, et plutôt que de pleurnicher d’être devenus les nouveaux bouc-émissaires, ils feraient mieux de se remettre en question. 74% des journalistes ont voté Hollande en 2012. La plupart des grands médias ont fait campagne contre le non en 2005, contre le Brexit et contre l’élection de Trump, trois événements qui ont eu lieu, en dépit de ce barrage médiatique. Contrairement aux politiques que l’on peut balayer d’un vote, les journalistes bénéficient d’une impunité totale, et tromper et mépriser l’opinion sans rendre aucun compte.
La liberté de la presse doit être totale, mais aussi absolue doit être celle de la critiquer, sans être taxé de l’infamant vocable de "populiste".