Les huit milliards d'héritage de François Hollande

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Edouard Philippe n’a pas mâché ses mots pour dénoncer l’héritage des 8 milliards de dettes laissé par François Hollande et son gouvernement. Une dramatisation savamment calculée.

Edouard Philippe n’a pas mâché ses mots hier pour dénoncer l’héritage des 8 milliards de dettes laissé par François Hollande et son gouvernement. Une dramatisation, Bruno selon vous, savamment calculée ?

Calculée sûrement, sincère sans aucun doute. Une belle et juste colère en tous les cas Samuel. Quelques minutes ont suffi au Premier ministre pour tirer les conclusions de l’audit très sévère mais juste de la Cour des comptes qui évoque carrément l’insincérité du dernier budget des années Hollande. Edouard Philippe, l’homme de droite, n’a pas eu besoin de forcer sa nature pour étriller l’héritage socialiste. Il l’a résumé d’un chiffre choc : Samuel 170.000 euros de dettes par Français qui travaillent. 

Pour atteindre les 3% imposés par Bruxelles et donc combler ce déficit c’est à dire trouver 4 milliards en 2017 et 8 l’an prochain, on a compris que le chef du gouvernement n’aurait pas la main qui tremble. Plutôt que la méthode du rabot pour réduire les dépenses publiques, il va plutôt recourir à la hache.  Ça veut dire Samuel que des promesses de campagne vont être différées voire abandonnées. Le détail de la douloureuse addition viendra plus tard.

Mais Bruno personne ne doit être surpris au sommet de l’Etat par ce dérapage budgétaire. Le gouvernement précédent avait multiplié les cadeaux. Emmanuel Macron n’était-il pas au gouvernement ?

Oui Samuel. Mais à sa décharge, il a cessé d’être ministre de l’Economie en août 2016 et n’a pas couvert les derniers cadeaux. Pour le reste, c’est vrai qu’il fut l’inspirateur de la politique économique et financière entre 2012 et 2014 avant de rejoindre Bercy. Dans une habile répartition des rôles, c’est peut-être pour cela que c’est le Premier ministre qui est chargé de donner un ultime coup d’épaule à François Hollande, mentor déchu d’Emmanuel Macron ravalé au rang de naufrageur des dépenses publiques. 

Emmanuel Macron et Edouard Philippe nous refont le coup de l’héritage. Un classique Bruno ?

Non, Samuel, bien au contraire. En 2007, François Fillon aurait aimé que Nicolas Sarkozy dénonce l’ardoise laissée par son prédécesseur. En 2012, Jean-Marc Ayrault avait poussé, en vain, François Hollande pour qu’il attaque la dette laissée par Nicolas Sarkozy. Cette fois, c’est Edouard Philippe qui s’en charge. Sans état d’âme et on a compris que sa main ne tremblera pas. Ce qui lui permet au passage de faire taire ceux qui s’interrogent sur son utilité. Le Premier ministre fait en plus coup double : il renforce son image à droite d’homme rigoureux et assoit son autorité sur sa majorité.