Les débats ont révolutionné cette élection, pour le meilleur et pour le pire !

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Est-ce bien raisonnable de choisir notre président en fonction de sa performance scénique ? Comme les Américains avec le showman Trump.

Les débats ont révolutionné cette élection, pour le meilleur et pour le pire
 
 Oui, c’est la première fois qu’ils prennent autant de place dans une élection présidentielle française. Pensez, ce soir, nous allons assister au dixième débat en un peu moins de six mois, après les quatre débats de la primaire de la droite, les quatre débats de la primaire de la gauche, et enfin le premier débat de la présidentielle avec les cinq principaux candidats. Ce soir, ils seront onze sur le plateau de BFM TV et Cnews.
 
 Tous les candidats ensemble, n’est-ce pas un bel exemple d’équité ?
 
 Oui, c’est du jamais vu, même aux Etats Unis où il faut pointer à au moins 15 % des intentions de vote pour participer à ce genre d’exercice. Là, ils seront tous à armes égales, quel que soit leur potentiel électoral ou leur antériorité. Plus moyen pour ceux que l’on appelle les petits candidats de crier à l’étouffement médiatique. Jean Lassalle, un véritable marcheur pour le coup, aura autant de temps pour s’exprimer qu’Emmanuel Macron, François Asselineau, qui veut lui un frexit direct sans passer par la case référendum pourra marquer cette différence avec Marine Le Pen. Quant à Nicolas Dupont-Aignan, il compte évoquer la moralisation de vie publique. Dans son viseur : François Fillon. Philippe Poutou et Nathalie Arthaud pourront expliquer comment ils comptent interdire les licenciements boursiers. Un bel exemple d’équité oui, mais qui risque de virer à la cacophonie.
 
 C’est le seul risque, la cacophonie ?
 
 Non, pas seulement. Il va falloir lutter contre l’effet Koh-Lanta, sans épreuve d’immunité.
 Que le plus affamé l’emporte ! Il y a également un risque à plus long terme. Nous le sentons tous, cette élection annonce une très importante mutation du paysage politique français. Nous assistons pour le moment en direct à sa décomposition. Cela se lit notamment dans le nombre inédit d’indécis. L’enjeu de ce débat devient alors démesuré.  Surtout quand on sait qu’un point électoral vaut 600 000 voix, et que plus de neuf millions de téléspectateurs ont regardé le débat de TF1.
 Mais est-ce bien raisonnable de sélectionner notre nouveau président parmi les plus télégéniques ? Comme les Américains qui ont choisi l’ex-showman Trump ? L’image offerte via le petit écran peut se révéler bien trompeuse, comme l’a prouvé François Fillon.
 Jean-Luc Mélenchon, pourtant excellent tribun, a compris avant les autres vers quelle dérive risquaient de nous entraîner ces confrontations télévisuelles répétées. Il sera là ce soir mais compte boycotter le débat du 20 avril sur France 2. Emmanuel Macron lui a embrayé le pas. Comme s’ils avaient tous deux mesuré à quel point la situation politique demeure aujourd’hui incertaine.