La Gauche est morte : vive Hamon !

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
Partagez sur :

Après les résultats du premier tour de la primaire de la gauche, la question de la ringardisation du Parti socialiste peut se poser.

La primaire de la gauche a rassemblé deux fois moins d’électeurs que la primaire de la droite. C’est ringard d’être de gauche en 2017 ? 

En fait le vrai problème de la primaire de la gauche, c’est le mot "gauche". Être de droite, on a bien compris, comme le résumait Vincent Peillon, que c’était être méchant, contre le droit de vote des noirs, pour le réchauffement climatique, la pollution le sida et les riches. Mais être de gauche, à part être contre les salauds de droite, on se demande bien ce que ce mot signifie encore. Est-ce la justice sociale?  les droits individuels ? la socialisation des moyens de productions ? La lutte contre la finance? La légalisation de l’euthanasie? L’antiracisme ? Sur la charte qu’il fallait signer pour aller voter aux primaires hier, on avait cette définition sommaire: "Je me reconnais dans les valeurs de la Gauche et de la République, dans le projet d’une société de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité, de justice et de progrès solidaire". Une définition bien large donc, qui ne s’y reconnaitrait pas ? Même un électeur de François Fillon ou du FN de Marine Le Pen y trouverait son compte. 

Alors qu’est-ce que la gauche ? 

Pour le philosophe Jean-Claude Michéa, qui sort d’ailleurs un livre intitulé "Notre ennemi le capital", la gauche, se définit historiquement comme le "parti du mouvement" en opposition au parti de l’Ordre, du Progrès en opposition au conservatisme. Tout cela a peu à voir avec le socialisme, c’est à dire avec la critique du capitalisme comme processus d’accumulation du capital. 

On observe une décantation très intéressante dans la politique française: progressisme et socialisme, autrefois fusionnés artificiellement sous la synthèse « gauche » sont en train de se séparer avec d’un côté Emmanuel Macron qui se définit comme un "progressiste" chimiquement pur, et Jean-Luc Mélenchon qui lui assume l’anticapitaliste et se définirait plus comme un "populiste". Entre les deux, il ne reste plus grand chose aux candidats de la Belle Alliance populaire mis à part le "gauchisme culturel".

C’est quoi le "gauchisme culturel" ? 

C’est un concept forgé par le sociologue Jean-Pierre Le Goff, qui sort d’ailleurs ces jours-ci "La gauche à l’agonie: 1968-2017" une synthèse passionnante du déclin de l’idée de gauche. Par gauchisme culturel, le Goff désigne le glissement progressif depuis mai 68 à gauche des problématiques sociales vers les question de société.

Quand on a renoncé à sortir de la globalisation libérale, il ne reste plus qu’à promettre le mariage pour tous et à débattre pendant des heures du congé parental et de la légalisation du cannabis. Faute de changer le monde, il faut se résigner à ce que le monde ait changé. C’est par exemple la proposition de revenu universel de Benoît Hamon. À ce titre ce dernier mérite bien sa place de vainqueur il est la synthèse vivante de ce gauchisme culturel, dernière avatar d’une gauche zombie. Alors on pourrait dire : "la Gauche est morte, vive Hamon !".