La colonisation, enjeu de 2017 ?

  • A
  • A
L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
Partagez sur :

Après Nicolas Sarkozy en 2007, c'est au tour d'Emmanuel Macron et de Benoît Hamon d'aborder le sujet glissant de la colonisation de l'Algérie.

La colonisation, enjeu de 2017 ? 

"Je vous ai compris et je vous aime" : c’est par cette phrase, mélange entre resucée gaulliste et sketch de Cyril Hanouna, qu’Emmanuel Macron a conclu une semaine d’intense polémique autour de ses propos sur la colonisation de l’Algérie, qualifiée de "crime contre l’humanité". Quelques mois plus tôt, il avait estimé pourtant qu’il y avait eu des "éléments de civilisation" dans cet épisode de l’histoire de France, si bien qu’on ne sait trop s’il navigue à vue ou jette son hameçon à tout va. 

Quel est son objectif avec des tels propos? 

Soufflant le chaud et le froid, Emmanuel Macron prétend avoir l’objectif louable de réconcilier dans une même marche vers l’avenir les nostalgiques de l’Algérie française avec les partisans de la repentance. 

Las, il est des blessures qui saignent dès qu’on essaie de les cicatriser. L’Algérie en fait partie. 55 ans après les accords d’Evian, le sujet est toujours inflammable dans la mémoire collective. C’est une corde sensible sur laquelle se joue les partitions électoralistes. Un clivage politique plus fort que tous les autres. Ainsi, selon un sondage réalisé par l’Ifop, 27% en moyenne des sondés de droite ont apprécié la remarque de Macron, pour 70% des sondés de gauche. Clairement, sous couvert de rassemblement, Macron ambitionne par ces propos de situer son discours à gauche et de séduire une électorat issu de l’immigration algérienne, notamment dans les quartiers. D’ailleurs Benoit Hamon, qui essaie lui aussi de séduire cet électorat, en a rajouté une couche hier, affirmant que lui président pourrait exprimer publiquement des "regrets" pour la colonisation. 

Est-ce nouveau ? 

Pas du tout, au-delà de la seule question de l’Algérie, le débat sur la repentance est sur le tapis depuis au moins dix ans. D’ailleurs en 2007 à Toulon, Nicolas Sarkozy prononçait un discours sur la colonisation qui était l’exact contraire de celui de Macron. "Cessons de noircir le passé" disait alors le futur président. Il y fustigeait les "adeptes de la repentance", présentait les excuses de la France aux harkis, affirmant que si la colonisation avait provoqué des crimes, il fallait respecter "les hommes et les femmes de bonne volonté" qui y avaient participé sans mauvaises intentions. Une partition jouée aujourd’hui par François Fillon et Marine Le Pen qui fustigent la "culpabilisation des Français". 

Décidément, ceux qui pensaient que l’élection de 2017 se jouerait sur l’économie, la dette ou la suppression des fonctionnaires ont tout à fait tort. C’est la bataille culturelle qui est au centre du jeu, et dans celle-ci, ce que  l’islamologue Gilles Kepel appelle "retro-colonial", ce ressentiment issu de l’histoire coloniale, est essentiel.