La campagne la plus bête du monde

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Alors que chacun attend que l'on parle des programmes, les deux grands sujets de cette campagne sont les affaires et comment faire barrage au Front national.

On le touche beaucoup mais on en parle peu: le fond est absent de la campagne présidentielle.

La Une du Journal du dimanche hier était emblématique de cette absence de débat : "La menace Le Pen" titrait en Une l’hebdo, affichant également en manchette une énième turpitude François Fillon, celle de ses costumes payés mystérieusement par un "ami". Barrage au Front national et affaires : voilà les deux mamelles du débat médiatique. Pénélope et Marine, Marine et Pénélope, telles sont les Charybde et Scylla du bateau France. Sans oublier bien sûr, la traque aux dérapages, les références historiques outrancières qui se multiplient, et l’antifascisme de salon de grandes consciences morales qui se croient dans les années 1930 alors qu’elles donnent le spectacle pitoyable d’un mauvais vaudeville.

Enfin, est-ce grave ? Les campagnes présidentielles sont toujours un peu polémiques, non ?

Eugénie Bastié est trop jeune pour avoir de toute façon connu des campagnes avec des hommes d’État, mais selon elle, celle-ci semble particulièrement catastrophique. De mémoire de Cinquième République, on n’avait jamais vu ça. À quarante jours du premier tour, pas une proposition ne tient le haut de l’affiche. Il s’agit moins de débattre du programme des candidats que de discréditer leurs personnes, qu’il s’agisse des "affaires" de François Fillon et De Marine Le Pen que des liens supposés d’Emmanuel Macron avec les milieux financiers. Pour vous donner un exemple, il y a cinq ans à la même période, on discutait des propositions de Nicolas Sarkozy sur la sortie de Schengen, sur l’abattage Hallal, ou du plan banlieues de François Hollande. Et pourtant, les sujets ne manquent pas aujourd’hui: Union européenne, immigration, réduction de la dette, revenu universel: les candidats assument des positions tranchées et différentes sur ces sujets.

Pourquoi finalement on n’arrive pas à parler du fond ?

Est-ce le rythme effréné imposé par les réseaux sociaux qui démultiplient la moindre petite phrase et font un scandale du plus petit dérapage? Est-ce la faute de médias et de politiques tétanisés par une possible victoire du Front national? Est-ce tout simplement la médiocrité des candidats en lice? Un cocktail indigeste en tout cas, qui fait monter le parti des "prafistes" les membres de ce que Brice Teinturier appelle le PRAF : le parti du "plus rien à foutre". Médias, politiques et citoyens, nous sommes tous responsables de cette campagne politique désastreuse et de cette défaite de l’intelligence. Le robinet de l’indignation doit s’arrêter pour que coule enfin un peu de pensée.