Hulot-Travert : les dessous d’un couac

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Suite à la polémique déclenchée lundi sur l'interdiction des pesticides tueurs d'abeilles, Soazig Quémener nous livre son édito politique.

Hulot-Travert : les dessous du couac entre les ministres de l’Écologie solidaire et de l’Agriculture

C’est le propre des gouvernances taiseuses : la vérité n’éclate que dans les moments de grande tension. Et lundi, toute une zone de fragilité de l’architecture Macron nous a été révélée. Refaisons le film. Peu avant neuf heures, Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture tout neuf, un proche du chef de l’État, explique que certains produits interdits, des pesticides "tueurs d’abeilles" pourraient bénéficier d’une dérogation.

Stéphane Travert pense notamment aux pesticides utilisés par les cultivateurs de carotte des sables dans la Manche, son département d’élection. Le sang de Nicolas Hulot ne fait qu’un tour. À 10 heures, le ministre, très discret depuis son installation à l’Écologie, se fend d’un tweet. Pour lui, il est hors de question de lever cette interdiction.

Les médias ont à peine le temps de fondre sur le premier couac de l’ère Macron, que tombe un communiqué du Premier ministre arbitrant en la faveur de l’écolo préféré des Français.

Pourtant Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement a assuré qu’il ne s’était rien passé.

Oui, un incident, quel incident ? Même si l’exécutif cherche à l’étouffer, cette passe d’armes, car il s’agit bien d’une passe d’armes, nous a permis de mesurer l’état réel du rapport de forces au sein du gouvernement. Nous savons désormais que quand Nicolas Hulot est fâché, l’exécutif estime qu’il faut réagir et réagir vite. Comme si Emmanuel Macron, qui n’a jamais fait montre pendant sa campagne d’une réelle conscience verte, était disposé à installer le numéro 3 de l’équipe Philippe dans le rôle de vice-Premier ministre chargé du développement durable. Un poste théorisé, vous vous en souvenez, par Hulot en personne dans son pacte écologique, à l’occasion de la présidentielle 2007. 

Mais pourquoi tant d’égards ?

Un proche de Hulot me le confiait hier : "Emmanuel Macron a terriblement peur que le si populaire Nicolas s’en aille." Le nouveau ministre le sait très bien et joue avec les nerfs du président. "J’espère que mon nouveau job ne sera pas seulement un job d’été", a-t-il ainsi prévenu samedi à la Sorbonne lors d’une réunion consacrée au pacte mondial pour l’environnement. Chirac, Sarkozy, Hollande puis Macron : à force de fréquenter des présidents, Nicolas Hulot a appris à faire de la politique. Si l’on en doutait, on en a la certitude depuis lundi : au sein de ce gouvernement, le combat pour l’écologie ne fait que commencer.