Hamon/Mélenchon : la bataille de la gauche

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Vainqueur de la primaire de la gauche, Benoît Hamon doit désormais parler avec Jean-Luc Mélenchon, avec qui il a des points de convergence.

Après la victoire de Hamon à la primaire de la gauche, une autre bataille va se jouer à gauche ? 

Inattendue il y a quelques semaines, la victoire d’Hamon ouvre un nouveau duel à gauche entre lui et Jean-Luc Mélenchon, aujourd’hui côte-à-côte dans les sondages. Vendredi soir, j’étais à Sciences-Po pour écouter la philosophe Chantal Mouffe qui inspire la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Interrogée sur la victoire, alors probable de Benoit Hamon, elle a répondu : "Si on m’avait forcé à voter pour la primaire, j’aurais voté pour lui. Mais je ne crois pas à une refondation du Parti socialiste. La social-démocratie est morte."

Son constat n’est pas faux. Partout en occident, la social-démocratie recule. La campagne catastrophique d’Hillary Clinton en témoigne. En Angleterren le Labour a liquidé le blairisme. En Grèce, Syriza a détruit le Pasok, le parti socialiste grec. En Espagne, Podemos érode le PSOE qui en état de décomposition avancée. Bref le vent souffle du côté de la gauche radicale, et Benoit Hamon l’a bien compris, qui a fait une campagne très à gauche. Sera-t-il le Jéremy Corbyn français ou bien sera-t-il mangé tout cru par Mélenchon comme Tsipras a avalé le Pasok grec ? Chacun invite l’autre au rassemblement. C’est "je te tiens tu me tiens par la barbichette , le premier qui se retire aura une tapette".

Hamon, Mélenchon, c’est blanc-bonnet et bonnet blanc ? 

Ils ont de nombreux points de convergence : tous les deux étaient des "nonistes" (opposés au traité constitutionnel européen en 2005), tous les deux veulent la 6ème République, la planification écologique, la PMA pour toutes, la légalisation de l’euthanasie et du cannabis, et le droit de vote des étrangers aux élections locales, même si Mélenchon ne la ramène pas là-dessus car il a bien compris que cette proposition faisait fuir l’électorat populaire. 

Alors quelles sont les différences? 

Sur les relations internationales et la question des immigrés, Mélenchon se distingue de l’humanitarisme un peu naïf de Hamon. Il se différencie aussi par la critique qu’il fait de l’Union européenne. L’évolution de Mélenchon du Front de gauche à la France insoumise est très claire : il assume la volonté de mettre en oeuvre un "populisme de gauche", se réappropriant l’héritage de 1789. Il parle de peuple, de nation et de laïcité, mots peu appréciés  d’Hamon.

Hamon offre l’image rassurante d’un "radicalisme chic" pour bobos des centre villes, qui rêvent d’utopie mais restent attachés à l’Europe et s’effraient des accents robespierristes de Mélenchon, le "Fidel Castro de Youtube", comme l’appelle Fillon. En ces temps qui voient le triomphe des populismes, Mélenchon est paré des atours de l’antisystème face au simple match retour du discours du Bourget.  En 2012, le vote utile avait joué à gauche pour François Hollande. En 2017, à qui profitera-t’il ? Comme disait Céline : "L’histoire ne repasse pas les plats".