François Fillon contre son parti

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Encore une fois, François Fillon a montré sa détermination sur France 2 et s'en est directement pris à son parti.

Fillon contre son parti

Retirera, retirera pas…Cela fait un mois demi que la question envahit nos écrans et nos plateaux télés, occultant les vrais enjeux de l’élection. À chaque fois que l’on croit que le candidat de la droite cédera sous les coups de boutoirs de la justice et des médias, François Fillon tient bon, avec une résilience surprenante, voire pour certains exaspérante. Dimanche, lors de son discours au Trocadéro, il a tenu un discours habile et offensif, maintenant les deux portes ouvertes de l’obstination et de la démission, tout en attaquant sévèrement son propre camp. Finalement sur France 2, il a encore une fois montré sa détermination, malgré tous les sondages.

Il a changé d’angle de défense ?

Modérant ses attaques contre la justice, Fillon s’en est pris à son propre parti , "ceux qui doutent et qui fuient le navire". S’adressant aux élus, il a fustigé leurs "arrangements à la petite semaine", citant de Gaulle qui parlait de "petite soupe sur son petit feu, dans sa petite marmite". Il s’est indigné de ces "fuites en canard, d’un camp à l’autre, d’un hiérarque l’autre, vers la circonscription, le portefeuille".
"Mon examen de conscience, je l'ai fait. À eux maintenant de faire le leur", a-t-il dit, lançant cette phrase ambiguë mais habile : "ce choix vous appartient mais il ne vous appartient pas". Il rappelle ainsi aux élus d’où ils viennent et le choix des électeurs qu’ils doivent respecter. Malin il les mets face à un dilemme : "vous voulez m’éliminer, faites le vous-même, salissez-vous les mains, quitte à vous voir éclaboussés par mon assassinat politique". Bref, il se refuse au suicide et oblige son parti à lui marcher sur le corps.

Est-ce réellement bien joué ?

Jouer le peuple contre les apparatchiks, la droite d’en bas contre la droite d’en haut, la légitimité des urnes contre les combines d’appareils, c’est plutôt malin, et dans l’air du temps. Le spectacle pitoyable du sauve-qui-peut politicien des derniers jours a écœuré une grosse partie de l’électorat de droite. Finalement la débandade de son camp permet à François Fillon de jouer la partition présidentielle telle que prévue par le général de Gaulle : un moyen de dépasser les structures partisanes. "L’élection présidentielle n’est pas l’élection d’un parti", a-t-il réaffirmé sur France 2.
Comme Macron le fait aussi en un sens avec En Marche, et Marine Le Pen lorsqu’elle prétend rassembler les "patriotes" au-delà du seul FN.
Si j’ai un conseil à leur donner, c’est de relire le court pamphlet de la philosophe Simone Weil "Note sur la suppression de partis politiques", réédité ces jours ci chez Climats. Elle y écrit : "Si on confiait au diable l’organisation de la vie publique, il ne pourrait rien imaginer de plus ingénieux". La campagne infernale de ces dernières semaines nous l’a prouvé.