Fillon : le roi du silence

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
Partagez sur :

Sur l’échiquier politique, François Fillon est le maître incontesté du silence.

Vous connaissez ce jeu enfantin? C’est celui qui se tait le plus longtemps qui gagne.

Sur l’échiquier politique, François Fillon en est le maître incontesté. Jugez plutôt : ce soir l’ancien premier ministre, candidat à la présidentielle de la droite, reprend la parole au 20 heures de TF1 après un silence de presque cinq semaines ! Une éternité dans le paysage politico-médiatique actuel. Ce qui ne l’a pas empêché, notez-bien, de faire parler de lui notamment en raison de ses propositions très controversées de réforme de l’assurance maladie.

De son côté, son entourage assure que "sa spécificité n’est pas la rareté et qu’il y a des moments différents dans la campagne qui commence vraiment ce soir, à quatre mois du premier tour de la présidentielle".

N’empêche il est temps de rassurer son camp qui s’alarme de cette tendance au mutisme. Ces derniers temps, pour trouver la trace de Fillon, il fallait lire Paris Match et y découvrir qu’il était au Mali à la rencontre de nos forces armées. Ou encore guetter sur les réseaux sociaux des images muettes : une carte postale depuis Angers le soir du réveillon ou des vœux minimalistes.
 
Mais c’est un choix qui lui a jusque-là plutôt réussi.
 
Effectivement, il faut se rappeler que si François Fillon détient le deuxième record de longévité à Matignon après Georges Pompidou, c’est qu’il s’affirmait entre 2007 et 2012 comme le taiseux de service face à l’hyperprésident Sarkozy.
Fillon a toujours éprouvé une défiance pour le trop plein de communication. "Il n’est pas un dogmatique de l’omniprésence", reconnaît encore son entourage dans un bel euphémisme. Quand un de ses proches promet que les journalistes vont "mourir de faim en suivant cette campagne".

Est-ce la bonne tactique pour une présidentielle ?
 
Cela avait fonctionné pour François Mitterrand en 1988. Conseillé par Jacques Pilhan, le sorcier de l’Élysée, celui-ci jouait le président jupitérien à la parole rare et qui frappait ses adversaires de sa foudre.
Sauf que François Fillon n’est pas aux responsabilités et qu’il se présente pour la première fois. Même s’il pense que "la France peut supporter la vérité", c’est le titre de l’un de ses livres et donc "sa" vérité d’homme réservé, et qu'il préfère "faire", titre d’un autre de ses ouvrages, plutôt que "faire savoir", cette stratégie de l’austère qui ne se marre pas et souvent même se cache, est tout de même très risquée.