Débat de l'entre-deux tours : une belle opposition de style entre les candidats

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Alors que l'on s'attendait un véritable combat de coqs lors du débat de l'entre-deux tours de la primaire PS, Manuel Valls et Benoît Hamon nous ont offert un débat de bonne tenue.

Le dernier débat s’est achevé il y a moins de huit heures. Benoit Hamon et Manuel Valls seront en meeting ce soir. Avons-nous assisté au combat de boxe que tous les observateurs prédisaient ?
 
Eh bien non ! Figurez-vous qu’ils étaient presque doux comme des agneaux. Alors ils n’étaient pas copains comme cochons mais les camarades Hamon et Valls se sont bien tenus et ont offert un débat de bonne tenue sur la forme et, surprise de bonne facture, sur la fond. Un match pointu, pas un pugilat.
Disons-le, on est plutôt sévère depuis le début de cette primaire de gauche. Ce fut par moment intéressant. Une belle opposition de style entre deux gauches quasi irréconciliables sur à peu près tous les sujets : revenu universel, lutte contre les déficits, conception du travail, laïcité, immigration etc, etc. Ces deux candidats ne parlent plus le même langage. L’un Benoît Hamon veut rêver ou plus exactement rêve de la présidentielle de 2022. L’autre, Manuel Valls, défend une gauche qui veut gouverner ou plutôt continuer à gouverner.
 
Même pas un petit accrochage ?
 
Si plusieurs mêmes. Pour en retenir un, celui sur la laïcité. Ce n’est plus une opposition mais une rivière de sang entre eux. Manuel Valls défend une laïcité stricte. Quand Benoît Hamon s’accommode du concept "de la femme libre de porter le voile islamique". Voilà c’est dit et c’est la première fois qu’un candidat à l’Élysée le défend en France. Le PS est fracturé sur cette question et cela me paraît irrémédiable, source même d’une vague de départ dans ce parti si l’une ou l’autre tendance l’emporte dimanche.
 
Alors ce débat est-il de nature à faire bouger les lignes d’ici dimanche ?
 
Ce n’est pas évident. Manuel Valls s’est bien battu. Dans un style moins violent, plus subtil, il a tenté de pousser Benoît Hamon à la faute, montrer le côté infinançable et irréalisable de ses propositions. Le problème, c’est à part sur la laïcité, il n’a pas marqué de points décisifs. De tel sorte, que Benoît Hamon, solide, très bien préparé, avec sa musique rêveuse, est sorti vainqueur au point de cette confrontation. Avec l’avance dont il dispose, il est bien parti pour l’emporter dimanche sans une mobilisation supplémentaire d’électeurs de gauche souhaitant ne pas voir le PS dérivé vers Jean-Luc Mélenchon. Car Benoît Hamon l’a admis en fin de soirée, et ce fut peut être sa seule petite erreur, il se sent plus proche de l’ancien sénateur socialiste que d’Emmanuel Macron.