"Chrétienté" de Fillon : entre maladresse et conviction assumée

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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La déclaration "Je suis gaulliste et de surcroît chrétien" de François Fillon cette semaine a suscité de multiples réactions. Premier faux pas du candidat ?

Marion Mourgue, journaliste au Figaro, vous revenez sur le terme "chrétien" utilisé par François Fillon et qui déclenche de vives réactions. C’est sa première faute politique ?

Une faute politique non. Une maladresse sûrement. Quand François Fillon explique qu’il est "gaulliste et de surcroît chrétien", pour contredire des accusations de "casse sociale", c’est tout à fait assumé par le candidat de la droite. Car Fillon a fait de l’incarnation des valeurs un des fils rouges de sa campagne, pendant la primaire. C’était l’un des points de divergence avec Alain Juppé qui lui reprochait sa vision "extrêmement traditionnaliste".

Et c’est justement sur ce conservatisme que Fillon a réussi à largement mobiliser. C’est encore sur les valeurs qu’il séduit aujourd’hui une partie des électeurs frontistes, notamment dans les zones rurales. En invoquant la chrétienté, François Fillon a donc envoyé un double message, politique et électoral. Il ne renie ni son programme ni ses convictions. Car il est persuadé que c’est ce que les Français attendent.

Mais vous dites aussi que c’est une maladresse.

Bien sûr ! Médiatiquement, Fillon a du travail à faire pour expliquer son projet, pour rassurer. Or certains ont été encore plus déstabilisés quand le candidat a parlé de chrétienté ! Comme François Bayrou ou Henri Guaino qui lui ont reproché un mélange "déplacé" entre politique et religion. Pour les amis de François Fillon, comme Bruno Retailleau, il faut arrêter avec cette conception de la laïcité qui reviendrait à renier ce que l’on pense et "à cacher ses convictions dans les catacombes".

Et c’est là qu’il y a maladresse. Fillon sacrifie aux exigences du rassemblement avec une partie des juppéistes et des centristes qui, en clair, le trouvent trop à droite. Or, c’est la différence entre la primaire et la présidentielle. Dans la première, vous parlez aux sympathisants de votre famille politique. Dans la seconde, vous devez élargir votre électorat. Et face à un candidat qui s’appelle Emmanuel Macron en forte progression dans les sondages, Fillon n’a pas non plus intérêt à se mettre à dos une partie de la droite et du centre.

Est-ce que les fillonistes sont inquiets ?

Pas du tout. Ils sont convaincus qu’une élection se joue dans la toute dernière ligne droite. Bref, que les mots de début de campagne sont vite oubliés encore plus quand ils sont assumés.