Affaire Ferrand : le gouvernement abandonne la morale

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Alors que la polémique enfle autour du ministre de la Cohésion des territoires, Soazig Quémener nous livre son édito politique.

Affaire Ferrand, le gouvernement abandonne la morale.

La moralisation de la vie publique, c'est fini. En tout cas, dit comme cela. Hier François Bayrou a livré les contours du premier ensemble législatif du quinquennat qui doit être présenté en conseil des ministres le 14 juin. Le vocabulaire en a été remanié. On parle d’un projet de loi « pour la confiance dans notre vie démocratique ». Bayrou défend pourtant depuis des années le terme "moralisation" de la vie publique. C’est même le grand dada de ce passionné de chevaux. Souvenez-vous en 2012, figurait dans le programme de sa troisième candidature à la présidentielle un référendum sur cette question qui devait être couplé au premier tour des législatives. La promesse de moralisation était également présente dans les termes mêmes de l’accord qu’il a conclu avec Emmanuel Macron le 22 février dernier.

Mais aujourd’hui, ce n’est pas lui qui décide.

Non c’est le président de la République. Ou plutôt les circonstances. Comme l’a répété hier François Bayrou pour éviter de répondre sur l’affaire Ferrand, il y a le "texte" par ailleurs très ambitieux et "le contexte". "Et il ne s’agit pas de laisser penser que l’on va régler les problèmes de morale individuelle par un texte", a-t-il d’abord expliqué. Avant d’ajouter cette attaque en piqué, lui qui se défend pourtant de vouloir jouer les Torquemada : "la morale est une question personnelle et même une question de conscience personnelle. Je préfère qu’elle soit exigeante que laxiste". Pas sûr que son collègue Richard Ferrand avec qui il entretient des relations notoirement mauvaises goûte ce délicat hommage.

Mais suffit-il d’évacuer la question morale pour tenir à distance l’affaire Ferrand ?

L’arbitrage de l’exécutif est bancal. Difficile de clamer que la morale c'était bon pour le monde de la semaine dernière, quand le Canard enchaîné n’avait pas encore révélé le lucratif montage immobilier dont a bénéficié la compagne de Richard Ferrand et quand le parquet de Brest n’avait pas encore ouvert d’enquête préliminaire.
Déjà le camp présidentiel se lézarde. Deux figures, Daniel Cohn Bendit et Jean Louis Bourlanges ont pensé la démission de Richard Ferrand nécessaire. Hier soir, à ce micro même, le député Arnaud Leroy, porte-parole d’En Marche reconnaissait qu’à la place de Ferrand, il aurait démissionné. Si Emmanuel Macron ne baisse pas le pouce, c’est parce cette histoire n’affecte pas pour le moment son crédit personnel. Le baromètre du Figaro magazine publié hier montre que 57% des Français lui font confiance. De même, les intentions de vote de ses candidats pour les législatives ne fléchissent pas. Mais il reste neuf jours à tenir. Avant peut-être de devoir méditer ce que disait André Malraux : "On ne fait pas de politique avec de la morale mais on n’en fait pas davantage sans".