Y a-t-il moins de récidive avec un travail d'intérêt général qu’avec la prison ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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David Layani affirme qu'l y a deux fois moins de récidive avec un travail d'intérêt général qu’avec la prison.

Vrai-Faux : les incohérences du plan d'Emmanuel Macron pour réformer le recours à la prison.

Le président veut des peines mieux exécutées au-delà d'un an, mais plaide pour un recours massif aux solutions alternatives à la prison pour les courtes peines, notamment le développement des travaux d’intérêt général. Il a chargé un entrepreneur du numérique d’un rapport sur le sujet: le patron de OnePoint, David Layani.

"Un rapport de 2005 démontre l’efficacité de ce genre de peines avec deux fois moins de récidive."

Il y a deux fois moins de récidive avec un travail d'intérêt général qu’avec la prison. Vrai ou Faux ?

C’est faux. Et le rapport que cite Monsieur Layani ne démontre rien, tous les spécialistes le reconnaissent : en 2005, cette étude a comparé le devenir judiciaire de condamnés 5 ans après leur libération. Ceux qui étaient passés en prison ont été à nouveau condamnés deux fois plus souvent que ceux qui avaient effectué un travail d’intérêt général. Mais on parle de taux bruts, qui ne prennent en compte ni la nature du délit, ni le profil des condamnés. En tentant de corriger ces biais (avec la méthode des taux comparatifs), le résultat est moins spectaculaire, et toujours contestable, car le problème de base demeure : les juges orientent précisément vers ces peines alternatives, des profils moins violents, ou mieux insérés… En réalité, aucune étude, jamais, n’a pu établir l’efficacité supérieure d’une sanction sur à une autre.

Une seule a été conduite dans les règles de l’art scientifique : on a tiré au sort, en Suisse, la sanction de 123 condamnés. La moitié ont fait un travail d’intérêt général, l’autre moitié, une courte peine de prison. Onze ans plus tard on n’a observé aucune différence sur la récidive (les ex-détenus étaient même un peu mieux insérés que les autres.)

Cela n’invalide pas l’intérêt de ces peines alternatives, au contraire : elles sont  préférables à l’emprisonnement pour les condamnés qui peuvent en tirer profit. Mais croire que les imposer dans tous les cas résoudra les problèmes… Non, c'est un mythe.

Cela peut-il aider à résorber la surpopulation carcérale ?

Oui car 10.000 personnes sont incarcérées aujourd’hui pour de courtes peines. Sauf que la plupart ont déjà connu des peines alternatives, la prison est le dernier recours aujourd'hui. C'est pour cela que les magistrats auxquels j'ai parlé sont consternés. Le bracelet électronique par exemple, ils sont pour : mais il faut que la personne ait un logement. De l’électricité. Ce n'est pas le cas de beaucoup de délinquants. Et puis que faire d'une personne qui est là pour violences conjugales. Rien n'est simple. Ils se demandent surtout quels moyens vont accompagner ces projets. Car avant de décider d’un travail d’intérêt général, par exemple. Il faut connaître la personne. Est-ce quelqu’un de violent, d’instable. Les personnels d’insertion et de probation qui enquêtent, suivent 115 dossiers par an. Les recrutements prévus ne suffiront pas. Et les budgets consacrés aux aménagements de peine sont en baisse cette année, de 14%.

Or s’il est Une chose que montrent les études, c’est que quelle que soit la structure dans laquelle la peine s’effectue, l'accompagnement, pour prévenir la récidive, est déterminant. .Les détenus qui ont un emploi à leur sortie par exemple, ont 40% de risques de moins de récidiver que ceux qui sont au chômage. C’est sans doute pour cela d’ailleurs que les travaux d’intérêt général ont de si bons résultats.