Selon les sondages, les Français adorent-ils leur entreprise ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Pierre Gattaz affirme que selon les sondages, les Français adorent leur entreprise.

Vrai-Faux : la réconciliation des Français avec l’entreprise.

C’est une nécessité pour les dirigeants du Medef, qui doivent choisir bientôt leur nouveau président. Le patronat en France souffre d’un déficit d’image, selon son leader actuel Pierre Gattaz. Un paradoxe qu’il faudra résoudre pour accompagner les réformes du gouvernement.

"Les ​Français quand vous faites des sondages adorent leur entreprise PME, TPE. Peut-être un peu moins le CAC40, ça c’est vrai".

Les Français adorent leur entreprise, selon les sondages. Vrai ou faux ?

C'est un peu vite dit , même si ces sondages existent. Il y a le récurrent "j’aime ma boîte" que commande chaque année un mouvement d’entreprises, Ethic, selon lequel 73% des salariés aiment leur société. Un autre, récemment (Elabe pour le Parisien) montait encore plus haut : 76%. Le problème, c’est que ces enquêtes reposent sur de tout petits panels : 574 salariés pour le dernier cité. Or l'entreprise en France, c’est plus de 18 millions de salariés, réparties dans entreprises de tailles, de secteurs très divers et qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Aucune subdivision, donc aucune analyse, n’est possible sur ces échantillons.

Il existe des enquêtes plus larges. La CFDT par exemple, a interrogé 200.000 salariés, l’an dernier, sur tous les aspects de leur travail : 62% déclaraient aimer leur société. Il n’est pas non plus représentatif (beaucoup de syndicalistes ont répondu), mais ce résultat recoupe celui d’un autre sondage d'envergure de l’Institut Statista auprès de 20.000 employés de grandes entreprises : 36% déclarent qu'ils ne recommanderaient pas leur entreprise à un ami. Dans certains secteurs, comme ceux de la santé ou le service aux entreprises, le taux de désamour est encore plus élevé.

Peut-on savoir plus précisément ce qui coince?

Si l’on veut être sérieux, il existe une source très solide : l’enquête sur les conditions de travail que fait tous les trois ans la Dares auprès de 27.000 salariés. La méthode scientifique est éprouvée, et les derniers résultats, qui viennent d’être publiés, permettent justement les nuances. Il y a beaucoup de choses positives : la plupart des salariés se sentent utiles, ils vont avec plaisir au travail, où les rythmes se sont stabilisés, il y a moins de contraintes sur la charge de travail, les horaires. En revanche, 25% des salariés ont peur de perdre leur emploi, dans un environnement qui change en permanence : c’est beaucoup plus qu’il y’a dix ans. Et leurs rapports se dégradent avec leur hiérarchie. Parce qu’ils font de plus en plus de tâches répétitives, perdent en autonomie. C’est vrai dans tous les secteurs, y compris pour les cadres, et c’est intéressant, car directement lié à l’organisation qu’instaurent les dirigeants, et particulièrement dans les grandes entreprises : on multiplie les indicateurs de performance, les manageurs recrutés sont moins souvent du métier, ce sont des professionnels du management qui mettent en place des process, des normes… Dans un contexte de travail de plus en plus intense, cela amplifie ce sentiment de n’être pas reconnu par sa hiérarchie, et cela explique sans doute, en partie, ce désamour des français pour les grandes entreprises.