Géraldine Woessner fact-checke Philippe Vandel

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

La journaliste d'Europe 1 a contesté la chronique de la veille de Philippe Vandel dans son Vrai-Faux de l'info, mercredi.

Le Vrai-Faux de l'info avec Philippe Vandel mercredi. Pourquoi, dans son "pourquoi" de mardi, Philippe Vandel avait-il tout faux ?

Avec le Dr Kierzek, qui intervient chaque matin sur l’antenne d’Europe 1, Géraldine Woessner a été gênée que le chroniqueur prenne le problème à la légère. "Si le pharmacien parvient à déchiffrer un d-o-l-i, pas besoin de lire plus loin, il sait que c’est du Doliprane parce que la marque "Doliprune" n’existe pas", a-t-il expliqué mardi.

Car ça existe, le "Doliprune" ?

Non. Mais "DO-Nezepil", oui. C’est assez proche de Doliprane, sauf que c’est un médicament contre la démence. On le prescrit notamment aux malades d’Alzheimer. Et qu’est-ce qu’il en sait, le pharmacien que Philippe à mes côtés n’en est pas aux prémisses de la maladie ? Si en plus la boîte ressemble à celle du Doliprane ou qu’une dosse est mal lue, eh bien oui, vous courez quand même un risque.

Les autorités sanitaires, d’ailleurs, le savent. Selon l’Agence nationale de Sécurité du médicament (Anses) qui répertorie les erreurs médicamenteuses, en 2015, 82 problèmes ont été signalés, découlant directement d’ordonnances mal écrites. Vingt-sept patients ont souffert d’effets indésirables, graves dans moitié des cas, et un patient en est mort. On lui a donné du PremiScan, un anticoagulant, au lieu de PermiXon, un médicament contre les troubles urinaires. Il a fait une hémorragie.

D'ailleurs, l'agence publie régulièrement une liste de produits dont les noms prêtent à confusion comme CERUBIDINE et CERULYS, CIFLOX et CIBLOR, CALTRATE et CALCIPRATE… Et elle recommande aux médecins d’écrire en lettres capitales, ce qu'ils ne le font pas toujours.

En même temps, 82 cas, sur des millions de prescriptions, c’est assez modeste…

Sauf que c’est loin de représenter la totalité des cas. En France, ces signalements se font sur la base du volontariat. On ne répertorie pas toutes les erreurs. Mais à l’étranger, car ce problème d’écriture est mondial, on a fait des études sur le sujet. En Espagne, des pharmaciens ont été incapables de lire 15% des ordonnances écrites par les médecins d’un hôpital donné. En Afrique du Sud, on a noté une proportion non négligeable d’ordonnances qui ne contenaient pas toutes les informations de base, âge et poids du patient, mode d’administration… Et aux États-Unis, selon l’Institut de Médecine, ces problèmes d’écriture seraient à l’origine de 7.000 morts par an. Alors l’étude était sponsorisée par des fabricants de logiciels d’ordonnances électroniques, ça a peut-être joué... En France, les erreurs médicamenteuses entraînent chaque année 130.000 hospitalisations dont une petite part pourrait peut-être être évitée.

Justement comment faire ? Où en est-on des ordonnances électroniques ?

De nombreux médecins les tapent déjà sur ordinateur, donc on a moins de problèmes de lecture. Et un système qui l'envoie directement au pharmacien est testé, en ce moment, dans trois départements. Mais en attendant que ça se généralise, n’oublions pas le code de déontologie médicale : les prescriptions doivent être formulées en toute clarté. Il y a des recommandations pour écrire en majuscules, mais il faut noter que la jurisprudence n’est pas très dissuasive.

Le Conseil de l’Ordre ne se souvient pas qu’un médecin ait jamais été condamné après un décès. Par exemple, en 2000, un agriculteur se fait prescrire du DODECAVIT pour un mal de dos. Le pharmacien lit mal et lui donne du MODESTE, un puissant neuroleptique que deux infirmières lui injectent. Il en sort ratatiné, mais la justice, qui a reconnu que l’ordonnance n’était pas lisible, a seulement condamné le pharmacien et les infirmières pour manque de vigilance. Le médecin, lui, n’a rien eu.