Philippe Martinez : "La France est encore première en Europe des dividendes versés aux actionnaires"

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Vrai, mais seulement d'après une étude dont l'index choisi est discutable. Selon ce dernier, la France est championne des dividendes avec 54 milliards de dollars distribués en 2016. Devant l’Allemagne, avec 36 milliards.

Le vrai-faux de l’info, avec Géraldine Woessner et Philippe Martinez qui entre en mode combat.

Le patron de la CGT est très remonté contre Emmanuel Macron, alors que les dossiers chauds de la rentrée se précisent. Ça l’agace, Philippe Martinez, qu’on demande des efforts seulement aux Français : "La France est encore première en Europe des dividendes versés aux actionnaires. Vous voyez qu'il y a de l'argent. Largement au-dessus de l’Allemagne ! Ça c’est un problème", dit-il.

La Franc championne d’Europe des dividendes, c’est vrai ou c’est faux ?

C’est un cliché qui s’appuie, comme souvent, sur des données réelles, qu'on relaie parce que, les chiffres claquent... En l’occurrence il cite l’étude d’une société de gestion basée à Londres, qui tous les ans classe les données des 1.200 plus grosses entreprises d’Europe cotées en bourse… Le Henderson Global Dividend Index. Et, oui, il ressort de cette étude que la France est championne des dividendes avec 54 milliards de dollars distribués en 2016. Devant l’Allemagne, 36 milliards, mais derrière le Royaume-Uni, 93. Bon, vous me direz, c'est ce n’est plus tout a fait l’Europe.

Pourquoi il pose problème, cet index ?

Parce qu’il ne prend en compte que les très grosses entreprises. Or la France en a beaucoup, elle est même sur-représentée : 49 entreprises françaises figurent dans cet index, c’est 7 de plus que l’Allemagne, alors forcément quand on additionne plus de chiffres, le total est plus élevé : les seules Sanofi, Total, Vivendi ont versé plus de 20 milliards. Mais cela ne reflète pas la réalité, La France, par exemple, a peu d’entreprises de taille intermédiaire, deux fois et demi de moins que l’Allemagne, or elles aussi versent des dividendes, qui ne sont pas pris en compte.

En fait il faut regarder ce que ces sociétés versent par rapport à ce qu’elles gagnent : quelle part de leurs bénéfices vont a leurs actionnaires : pour celles du CAC 40, c’est 57%, c’est extrêmement élevé, l’an dernier c'était 51%, mais la moyenne européenne est à 60%.

Donc Philippe Martinez n’a pas tort quand il dit que, quand ça va mieux, on récompense d’abord le capital ?

Il a raison, d'ailleurs sur la durée les chiffres sont frappants : entre les années 1980 et 2008 en gros, la part des salaires dans la valeur ajouté des entreprises s’est effondrée, elle est passée de 67 à 53% et dans le même temps les dividendes ont explosé. On a clairement pris dans la poche des salariés pour nourrir l'actionnaire.

Mais depuis la crise, la part des salaires est remontée, elle est à 58% de la richesse créée aujourd’hui, selon l’OCDE. la France en cela redistribue mieux que l’Allemagne, ou que l’Italie. Mais ce qui est intéressant, c'est que la part des dividendes a peu baissé. Elle est toujours deux fois plus élevée que dans les années 1980. On vous dira que c'est pour retenir les actionnaires, qu'ils n'aillent pas mettre leurs sous ailleurs, puisque la moitié des actionnaires en France sont étrangers. Il n'empêche, il faut bien prendre l'argent quelque part, et si ce n'est plus dans les salaires, on rogne sur les investissements, qui repartent, mais lentement... Or ils sont la croissance de demain.