Michel-Édouard Leclerc : "En 2018, on sera le premier employeur français en France"

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Faux, le premier employeur français, c'est la Poste et des dizaines d'entreprises sont de plus gros employeurs.

Le Vrai Faux de l’Info, avec vous, Géraldine et un virtuose de la com’, Michel-Édouard Leclerc.

Le directeur de l’enseigne de distribution, patron préféré des français, est passé devant Carrefour cet été. Une révolution. Ses enseignes se portent très bien, elles recrutent au point que sur BFM, il l’affirme : "En 2018, on sera le 1er employeur français en France (combien de personnes ?) 125.000 à 130.000 personnes."

C’est vrai ou c’est faux ?

Non, c’est faux, Patrick. Le premier employeur français, c’est la Poste, 255 000 salariés, et dans le privé Carrefour est toujours en haut du podium, avec 115 000 salariés sur le sol français… Suivent le Crédit Agricole, d’Orange, McDonald’s, Engie, Bouygues… En fait des dizaines d,entreprises sont de plus gros employeurs, et c’est normal : Leclerc, ce n'est pas un groupe intégré, c’est une fédération très souple, d’indépendants : une coopérative.

Le groupe Leclerc n’emploie, directement, que quelques dizaines de personnes, au siège de l’association qui regroupe les patrons et les structures n’ont pas de lien entre elles. 16 000 personnes travaillent pour le groupement d’achat du réseau et dans les 16 coopératives qui gèrent la logistique au niveau régional. Chacun des 660 magasins Leclerc est indépendant, gère son personnel, comme il le veut. Les 130 000 emplois dont parle monsieur Leclerc sont un agrégat de tous ces gens travaillant dans les magasins. Cela reste loin des effectifs de Carrefour, qui est un groupe intégré, et emploie au total, dans ses hypers, dans ses franchises 177 000 travailleurs.

Donc Leclerc n’est pas le premier employeur de France… Mais la dynamique, elle, elle est bien réelle ?

Absolument. Leclerc est devenue, récemment, la première enseigne de distribution, en France : devant Carrefour. 21,2% de parts de marché. Cela se joue à pas beaucoup. Ses ventes ont progressé de 2,5 % depuis le début de l’année. Mais rien n,est encore joué d’où ce push de communication pour conforter son avance. Il faut que Leclerc reste populaire et résiste aux coups de ses concurrents, qui pleuvent, et vont pleuvoir. Et l’attaque la plus dure, c’est l’image. Leclerc doit son succès à une politique de prix bas. Il y a des promotions agressives, les clients viennent dans des centres où on leur propose d’autres choses, des espaces culturels, des para-pharmacies. Bref, le groupement s’étend toujours. Mais il reste aussi le champion de la rentabilité. Malgré ses prix bas. Comment ? Les prix sont bien négociés avec les fournisseurs et l’organisation elle-même permet d’économiser sur les coups sociaux là ou Carrefour doit gérer une énorme entité, avec de gros syndicats, primes, salaires, les lourdeurs que ça implique.

Leclerc est complètement libre comme ce n’est pas un groupe, il n'y’a pas de syndicat central. Cacun gère un peu comme il l’entend dans chaque magasin. Ce n’est pas forcément négatif. Puisque que chaque directeur, étant patron, s’implique totalement, est plus réactif. Mais en termes d’image, de culture en France, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux d’où cette tentation de faire oublier l’aspect éclaté de ce groupe Leclerc, qui, je le répète n’est pas un groupe.

En tout cas c’est un modèle qui s’étend

Absolument, quand on regarde les comptes commerciaux de la nation, la croissance du commerce coopératif a été, 7,5 fois plus importante que celle du commerce de détail, en 2015 et ce modèle pèse maintenant 30% de tout le commerce en France. C’est un vrai changement de société, qui a ses partisans, et ses détracteurs. La guerre Leclerc-Carrefour, ou Leclerc et ses fournisseurs, qui voudraient être plus payés, c’est aussi ce changement qu’elle illustre.