Marine Le Pen est-elle vraiment seule à gérer sa communication ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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En pleine opération reconquête, la présidente du Front national affirme que personne ne l'aide dans sa communication. C'est exagéré.

Le Vrai Faux, avec vous, Géraldine Woessner, et la quête d’authenticité de marine Le Pen.

La présidente du Front national en pleine opération reconquête, après son échec à la présidentielle, et le fiasco du débat de l’entre-deux-tours. Cette date est marquée d’une pierre noire : elle y a perdu une part de son leadership qu’elle s’efforce maintenant de restaurer. Au grand renfort de recettes médiatiques, nouveau look, nouveau nom. Et pourtant, elle l’affirme :  "Je n'ai pas d'agence de communication qui vient me dire ce qu'il faut faire, comment il faut le faire, ce qu’il faut dire, comment il faut le dire. Et cette solidité, je crois qu’elle est perçue par les Français."

Personne ne conseille à Marine Le Pen, ce qu’il faut dire, ni comment le dire. C’est vrai ou c’est faux ?

Officiellement, elle a choisi seule son nouveau look, le tailleur, les lunettes qui font sérieux. Mais Madame Le Pen, joue sur les mots. Evidemment, elle travaille sa communication, elle est coachée, conseillée. Comme les autres politiques d’ailleurs. Aucune agence de com’ n’apparaît dans le sillage du FN, pour deux raisons. Il y a le caractère sulfureux du parti, qui refroidit les ardeurs des professionnels, et le président de l’agence qui accompagne le FN depuis des années (car il y en a une, l’agence Riwal), a été mis en examen en février dernier, pour abus de biens sociaux, sa société n’a pas le droit de travailler pour le parti. Mais son fondateur, lui, Frédéric Châtillon, est toujours dans le paysage, il a même été recruté pendant la campagne sans attributions précises. On lui devrait le Slogan, Au Nom du Peuple, la rose bleue, même si le mythe au FN, veut que tout vienne de Marine. Et des conseillers, professionnels de la com’, il y en a d’autres. Les comptes de campagne ne font apparaître que 25.000 euros en dépenses de conseil, mais le parti est celui qui a le plus recruté : 2.5 millions de dépenses de personnel, et parmi ces actifs, d’anciens patrons d’agence de com’, comme Sébastien chenu, qui pilotait, pendant la campagne, une cellule Images et Idées. Cette cellule a appris à la candidate à sourire, à bouger, a mis au point ses formules. Un peu comme une agence, donc, mais intégrée.

Est-ce que les autres, et notamment le vainqueur, on fait beaucoup plus ?

C’est très difficile à retracer, car les grandes agences, les spin doctors, ont mauvaise presse, l'élection s'est jouée sur les inégalités, le rapport à la vérité, au peuple. Seul François Fillon a mis en avant sa collaboration, avec une grande agence, Image 7. J’ai regardé les comptes de campagne : le Républicain est bien celui qui a le plus dépensé en conseil en communication, 500.000 euros, mais bon, il a eu quelques déboires. Mais toutes, chez lui, comme chez les autres, n'apparaissent pas. Emmanuel Macron, par exemple, déclare 220.000 euros de dépenses sur ce poste. Il a recruté plusieurs agences, dont l'une agence spécialisée dans l’alimentaire, les gâteaux milka, les sardines parmentier. Mais il y a toute la part qu'on ne voit pas. Rappelez-vous son équipe. Ses plus proches collaborateurs sont des gourous de la com’, plusieurs anciens de l’agence Havas, de l’agence Equency. Ils sont à l’Élysée aujourd’hui. Ils ont pu livrer leurs conseils au jour le jour, sans être facturés. Jean-Luc Mélenchon lui, a dépensé la même somme que monsieur Macron, mais sans professionnels au sein de son équipe. Il a devait payer pour travailler la scénographie de ses meetings, ou la mise en scène de ses interventions télés.

Les comparaisons sont donc difficiles. Et ce n’est pas sans problème, patrick. Pensez à l’influence délirante qu’ont prise les médias dans le processus électoral… Une seule intervention peut ruiner un parcours. Pourtant on n’a pas les outils pour mesurer les manipulations. Le code électoral, figurez-vous, considère que, je cite, "les frais de coaching sont des dépenses personnelles dont les bénéfices restent acquis", et pas des dépenses "destinés à promouvoir l’image des candidats auprès des électeurs". On n’a donc pas l’obligation de les déclarer dans les comptes de campagne.

Donc le média training, les coachs vocaux, les artifices de comédiens, tout cela existe bien sûr, mais si le candidat ne le souhaite pas, vous n'en saurez jamais rien.