L’utilisation d’armes chimiques par les forces de bachar el-assad à la goutta est-elle avérée ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Benjamin Griveaux affirme que l’utilisation d’armes chimiques par les forces de bachar el-assad à la goutta n’est pas avérée

Vrai-Faux : la ligne rouge d’Emmanuel Macron a-t-elle été franchie en Syrie ?

Alors que l’offensive de Bachar el Assad, appuyée par les Russes, se poursuit aux portes de Damas, dans l’enclave de la Ghouta, et que de nombreux témoignages font état de l’usage de chlore par le régime,  l’Élysée n’est pas prêt, selon son porte-parole Benjamin Griveaux, à intervenir.

"Il y a des faisceau d'indices très concordants laissant penser qu'il y a eu cette utilisation, mais elle n'est pas avérée"

L'utilisation de chlore par les forces de Bachar el Assad n’est pas avérée. Vrai ou Faux ?

C’est vrai. Même si l’usage d’armes chimiques est constant, démontré, depuis le début du conflit, il est très difficile d’en apporter la preuve formelle, sans parler de définir les responsabilités.  Parce que le chlore est très volatile, il s’évapore, parce qu’il n’est pas interdit, contrairement au gaz sarin (c’est son emploi comme une arme de guerre qui est prohibé), donc le retracer est plus difficile, et surtout parce qu’il n’y a personne, sur place, pour aller vérifier les témoignages qui nous parviennent. A six reprises au moins, Damas aurait largué des barils de chlore sur des civils depuis le début de l’année, dans les enclaves tenues par les islamistes. Des médecins ont rapporté des centaines de cas de suffocation. L’observatoire Syrien des droits de l’homme, qui est une source contestée, a parlé du décès d’un enfant… mais il faut davantage que ces témoignages pour établir les faits. Une enquête indépendante a été lancée, sous l’égide de l’ONU. Ce sont les enquêteurs de l’organisation pour l’interdiction des armes chimiques qui la mènent, mais l’équipe n’a pas prévu de se rendre à la Ghouta pour d’évidentes raisons de sécurité. Elle travaille donc, en ce moment, sur les interviews de témoins, l’examen de photos, de vidéos. Mais elle n’a pas mandat de dire QUI serait responsable de ces attaques : ça, c’était la mission d’un autre groupe de l’ONU, dont les travaux se sont arrêtés en novembre, la Russie s’est opposée à ce qu’ils soient prolongés. Donc en clair : même si les présomptions sont énormes, personne n’est sur place pour faire des relevés, des analyses. La Syrie peut se contenter de nier… Et la preuve qu’attend Emmanuel Macron risque de ne jamais venir. 

Pourtant la responsabilité de Damas dans l’utilisation d’armes chimiques a déjà été prouvée dans le passé.

Bien sûr. On se souvient tous des centaines de morts de la Ghouta dans une attaque au Sarin, en 2013. C’est alors que la fameuse ligne rouge de Barack Obama a été franchie, et qu’il a préféré, plutôt que de réagir, faire entrer la Russie dans le jeu pour superviser la destruction des armes chimiques du régime. Le problème c’est que : OUI, damas s’est bien débarrassée de 1300 tonnes d’armes chimiques, mais que parallèlement, le régime a développé l’utilisation du chlore, un produit industriel autorisé, moins létal, facilement détournable. Son utilisation est documentée dans plus d’une centaine de cas depuis le début du conflit, mais seuls une poignée sont considérés comme avérés.

Le gouvernement, finalement, a-t-il vraiment l’intention de frapper ?

Ce serait de toute façon symbolique puisqu’il n’a aucun moyen, et pour quel résultat ? En avril dernier, une nouvelle attaque au Sarin, attribuée au régime de Damas par les enquêteurs, a fait 80 morts. En représailles Donald Trump a largué 50 missiles Tomahawk un aéroport et puis rien.  Le conflit s’est poursuivi, de plus en plus meurtrier. La trêve ordonnée par l’ONU, il y a quelques jours, est aussi de façade, puisque la résolution en exclue plusieurs groupes terroristes, qui se terrent justement dans la Ghouta, rien ne s’oppose donc, en réalité, à ce que les bombardements se poursuivent. Il ne faut pas oublier non plus qu’il y aurait d’autres raisons d’intervenir. Les crimes de guerre sont quasiment quotidiens : frappes contre des écoles, des hôpitaux : près de 70 attaques ont visé des centres médicaux depuis le début de l’année, selon L’OMS. L’espoir de les voir un jour condamner n’est pas éteint, des juges construisent patiemment leurs dossiers à Genève mais cela prendra des années.