L'Europe fait-elle des vols groupés pour renvoyer les clandestins ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Marine Le Pen affirme que l'Europe ne fait pas de vols groupés pour renvoyer les clandestins.

Le Vrai-Faux avec les bonnes idées de Marine Le Pen sur l'immigration.

C'est un chiffre qui indigne régulièrement l’opinion, 18% seulement des expulsions prononcées sont exécutées. La présidente du Front National dénonce l’incurie du gouvernement et elle a une idée.

Marine Le Pen : "Il avait été question à un moment de mettre en œuvre des vols groupés entre les différents pays pour pouvoir renvoyer les clandestins. Ceci n’a jamais été mis en œuvre. Moyennant quoi nous renvoyons les clandestins avec un avion de la PAF, un".

L'Europe ne fait pas de vols groupés pour renvoyer les clandestins. Vrai ou faux ?

C’est faux. L'idée a bien été mise en œuvre et elle ne cesse d'ailleurs de prendre de l'ampleur. 113 vols conjoints entre plusieurs états ont été organisés cette année. La France a participé à 16 d'entre eux, sur les sept premiers mois de l'année. En tout, 10.000 personnes ont été expulsées d'Europe cette année sous l'égide de Frontex, l'agence de garde-frontière de l'Union. C'est en forte hausse par rapport à l'an dernier. En fait, Frontex soutient, depuis longtemps les États dans leurs opérations de retour mais son rôle en 2016, a été renforcé. Elle peut organiser elle-même des opérations. Et concrètement, quand un État affrète un avion vers un pays tiers, il informe l’agence des places qui lui restent. L’avion fait plusieurs étapes ce qui facilite les démarches et permet de serrer les coûts. Depuis peu, Frontex peut aussi affréter des vols commerciaux, et elle devrait disposer prochainement de son propre avion. Depuis janvier dernier, le personnel de la cellule qui gère ces retours a triplé. Elle dispose d’un budget propre de 50 millions.

En même temps 16 vols groupés pour la France, ce n'est pas beaucoup !

Non, c'est peu. Mais le chiffre augmente, cette année seulement, 618 étrangers ont été expulsés de France, sous l’égide de Frontex, c'est 10% du total. Et il est évident que cela va augmenter car, marine Le Pen a presque raison, seuls deux avions en France sont mobilisables pour ces vols de retour. Le budget consacré à l’éloignement des migrants est en baisse cette année. Le gouvernement veut économiser sur les vols commerciaux. En cas de besoin, il prévoit de s'appuyer sur l'aide de l’Europe. Ça soulève des questions en terme de motivation, au niveau national. Est-ce qu’on veut vraiment faire appliquer ces mesures d’expulsion ? En terme juridique aussi, l’Europe est très regardante sur le respect des droits mais les avantages sont évidents en terme d’efficacité. Car qu’est-ce qui empêche souvent les expulsions d’avoir lieu ? Un temps légal trop court en centre de rétention, 45 jours, ce que le gouvernement veut doubler. Il y a également des difficultés à obtenir des papiers pour les illégaux que leurs pays d’origine refusent souvent d’accueillir. L’Europe a plus de poids pour négocier, elle le fait d’ailleurs avec le Nigeria, le Mali ou l’Algérie. Quant à la France, elle se concentre aussi sur ses propres frontières. Il faut l’avoir en tête quand on parle de baisse du nombre d’expulsions, plus de 50.000 personnes ont été repoussées aux frontières sur les sept premiers mois de cette année, soit 20.000 de plus qu’à la même période en 2016.