L’État s’approprie-t-il 57% des gains de revenus des salariés ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Gérard Longuet affirme que l’État s’approprie 57% des gains de revenus des salariés.

Le Vrai-faux de l’info avec les mauvais côtés de la redistribution version Gérard Longuet.

Le sénateur républicain, soutien de François Fillon, rêve d’une société où l’on travaillerait plus et où l’État dépenserait moins. L’État qui, selon lui, rafle l’essentiel des gains de la croissance.

Gérard Longuet : "Il y avait un papier de l'Insee très intéressant sur les gains de croissance de tous les salariés français. Lorsqu'il y a gain de revenus, l'État s'en approprie 57%. C’est décourageant".

L’État s’approprie 57% des gains de revenus des salariés, c’est vrai ou c’est faux ?

C’est vrai sans l’être exactement ! Gérard Longuet déforme les conclusions d’une étude que l’Insee vient de publier et qui cherche a calculer le gain de pouvoir d’achat réel d’un salarié quand il est augmenté. Résultat, c’est vrai, pour la moitié des salariés, 100 euros de plus sur la fiche de paie, vont se traduire en fait par un gain inférieur à 43 euros. La majorité des gens, quatre personnes sur cinq, gagneront 27 à 56 euros seulement. On appelle cela le taux marginal effectif de prélèvement et ce taux est élevé.
Mais que prend-il en compte ? Absolument tout. Les impôts que l'on va payer en plus après l'augmentation, les charges patronales que l’entreprise supporte, 35% tout de même, et surtout, les prestations sociales que l’on peut perdre en changeant de seuil comme les aides au logement, la prime pour l’emploi (qui est maintenant la prime d’activité) et pour les plus bas revenu, c’est surtout la perte de ces avantages qui grignote les gains. Mais ce n’est pas de l’argent que l'État prend, c’est de l’argent qu’on lui rend et qu'on ne pourra plus dépenser.

Donc les plus modestes perdent en prestations, les plus aisés payent plus d'impôts ?

Exactement, mais c’est la contrepartie d’un système redistributif dans lequel, depuis des années, l’État compense la faiblesse des salaires qui pèsent de moins en moins dans la valeur ajoutée des entreprises. En clair, et cela les données de l’Insee et les comptes de la Nation le montrent aussi, la richesse produite, le PIB, a augmenté de 20% en volume depuis 2006, 4,5% seulement pour les salaires versés, les prestations sociales dans le même temps ont flambé de 35,5%. Si le pouvoir d'achat s'est maintenu, c'est en grande partie du fait de cette redistribution qui a freiné le creusement, des inégalités.