L'État français respecte-t-il le droit européen sur les nuisances aériennes ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Jean-Claude Lemasson, maire de Saint-Aignan-de-Grand-Lieu, affirme que l'État français ne respecte pas le droit européen sur les nuisances aériennes.

La gueule de bois des riverains de l’aéroport de Nantes.

Le projet Notre-Dame-Des-Landes enterré, la question reste entière : qu’est-ce qu’on fait maintenant? Les riverains de l’aéroport de Nantes-Atlantique redoutent une explosion de nuisances avec l'augmentation du trafic. Le maire de la commune mitoyenne de Saint-Aignan-Grandlieu, Jean-Claude Lemasson, a déposé un recours devant le conseil d’État.

"L’État français ne respecte pas le droit européen notamment la directive de juin 2002 sur la protection des riverains des infrastructures aéroportuaires"

L’État Français ne respecte pas le droit européen. Vrai ou faux ?

C’est vrai, mais cela ne change rien. La directive dont parle Monsieur Lemasson est administrative: elle impose aux Etats d’adopter des plans de lutte contre le bruit dès qu’un aéroport dépasse les 50 000 mouvements d'avion, or c’est le cas à Nantes-Atlantique depuis fin 2016. Concrètement, pour être en règle, le préfet va devoir établir une cartographie actualisée du bruit autour de l’aéroport, pour déterminer précisément ce qu'on entend. L’idée est d’identifier les points noirs, pour mettre en place des actions, et des stratégies.

Mais sur le plan sonore, l’aéroport de Nantes reste dans les normes, ce que montrent les relevés des trois appareils fixes qui mesurent les niveaux de bruit autour de l’aéroport. Sur une journée de septembre, au centre-ville de Nantes, le niveau de décibels était de 48, donc relativement calme, et dans la commune de monsieur Lemasson, il atteignait 68 Lden. Donc c’est une gêne forte, évidente, mais on reste très en-dessous du seuil de 80 considéré comme alarmant par la directive. Ce qui explique la colère des riverains, c'est que le même appareil a relevé une centaine de pics à 90 db dans la même journée (quand les avions décollent, atterrissent). Cette zone où le bruit est vraiment violent concerne 3500 à 6000 riverains. A Toulouse, par comparaison, ils sont 40.000.

Mais avec le développement attendu du traffic, ça peut-il de devenir insupportable ?

Pas nécessairement. Aujourd’hui, l’aéroport accueille 5,5 millions de voyageurs, pour 54 000 mouvements d'avions. Ce n’est pas une grosse activité, Nantes n’est que le 9e aéroport de France, et même si le trafic s'envole, il n'y aura pas forcément beaucoup plus d'avions, parce que les appareils sont plus gros, ils embarquent plus de monde. Selon les nouvelles prévisions de l'aviation civile, faites en août, la gêne sonore ne devrait pas exploser, même en cas d'allongement de la piste. Et il existe des marges d'amélioration. A Genève, où l'aéroport, dans la ville, génère 4 fois plus de mouvements, à 500 mètres des habitations, on vient de s’engager à réduire les nuisances d’ici 2030, en renouvelant la flotte avec des avions moins bruyants, en revoyant les plans de vol. A noter que là-bas, les vols de nuit sont interdits entre minuit et 6 heures du matin, ce qui n'est pas le cas à Nantes.

A Nantes, ce travail d'actualisation va devenir indispensable. Les plans officiels de gêne sonore datent encore de 2003 et sont totalement obsolètes. Les riverains pourront au moins être remboursés de leurs dépenses d'insonorisation, à défaut de voir disparaitre le bruit.