L'état d'urgence a-t-il un impact sur le tourisme en France ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Christian Jacob affirme que, malgré l'état d'urgence, le nombre de visiteurs augmente depuis un an.

Le Vrai-Faux avec et le tourisme victime de l’État d’urgence.

La loi antiterroriste a été adoptée, la France devrait donc sortir officiellement de l’État d’urgence le 1er novembre. Un soulagement pour certains professionnels du tourisme qui considèrent que le mot lui-même, agit comme un repoussoir.
Le chef de fil des Républicains à l’Assemblée, Christian Jacob, n’est pas du tout d’accord.

Christian Jacob : "Sauf qu’entre 2016 et 2017, les chiffres du tourisme, et Dieu merci, les visiteurs ont augmenté.. Les touristes, quand ils viennent, ont envie de se sentir en sécurité. Donc l’argument n’est pas fondé".

Le nombre de visiteurs augmente depuis un an, c’est vrai ou c’est faux ?

C’est vrai. Même si les données ne sont pas toutes connues, le nombre de nuités dans les hôtels augmente fortement depuis le début de l’année, et les touristes étrangers sont bien de retour. L’hôtellerie enregistre un bon de 7,5% de leurs nuités sur les huit premiers mois de l’année. Au point que le gouvernement y croit : 89 millions d’étrangers pourraient avoir visité la France en 2017, ce serait un record absolu. Nous restons la première destination mondiale.
Mais, il ne faut pas se voiler la face : ces chiffres restent en trompe l’oeil. La france est un pays de transit : c’est dû à la géographie. 14 millions d’étrangers y font simplement étape, ou la traversent pour rejoindre le sud. Ils dorment une nuit sur place, mais ce n'est pas leur destination finale. Or cette année, le ministère le reconnaît, le rebond doit beaucoup à la hausse d’activité des aéroports et aux prix qu’on consenti à faire les professionnels, aux ristournes pour attirer les visiteurs après une année 2016 catastrophique. La recette moyenne par chambre louée est en baisse partout au premier semestre de 5,12 euros selon les différents baromètres. Donc, oui, le tourisme se redresse, la clientèle étrangère revient mais, quelle clientèle, qu’est-ce qu’elle dépense ? Il n’y a pas encore lieu de crier victoire.

Ils sont revenus quand même, malgré l’État d’urgence ?

On ne peut pas l’affirmer non, car les touristes d’avant l’état d’urgence, et ceux d’aujourd’hui ne sont plus tout à fait les mêmes. On ne connaît pas le détail pour 2017, il sera intéressant, car certaines données sont frappantes. Nous avons perdu, entre 2014 et 2016, quatre millions de touristes européens. Les japonais aussi sont moins nombreux, les Russes raccourcissent leurs séjours, moitié moins de nuitées à l’hôtel. Ils ont été remplacés en partie, par des touristes venus d’Afrique ou du proche-orient. Mais les dépenses touristiques, qui n’étaient déjà pas élevées, se sont effondrées. Les recettes ont fondu de 5,5 milliards d’euros en deux ans. Il faut savoir qu’un touriste étranger aujourd’hui, dépense en moyenne 520 euros en France, c’était 100 euros de plus avant l’État d’urgence, contre 790 euros en Espagne et même 1260 à Londres. Donc nous avons beaucoup de touristes, oui, mais ça ne rapporte pas.
Et c’est pour cela que les questions d’images, même s’il y a d’autres problèmes, sont essentielles. La France a fait de gros efforts pour redorer son blason auprès de certaines clientèles comme les Japonais ou les Chinois. Ça commence à payer, mais quand vous allez sur le site japonais des affaires étrangères, par exemple, les conseils aux voyageurs, la première chose qui s’affiche c’est ce bandeau qui explique ce qu’est ce régime spécial toujours en vigueur. On attend de sa levée, même si la menace reste au même niveau, un fort effet psychologique.